Samedi 15 avril – 10h30 – Xavier Pierre (poète et éditeur) et Charles Doursenaud (poète et historien)

Xavier Pierre, poète et éditeur, et Charles Doursenaud, poéte et historien, nous font l’honneur de venir présenter à la bibliothèque de Pléhédel leurs multiples activités , notamment la maison d’édition et signer leurs recueils de poèmes, samedi 15 avril 2017, à 10h30.

Un rendez-vous à ne pas manquer pour celles et ceux qui s’intéressent à l’effervescence de la littérature bretonne.

Pour en savoir davantage sur Xavier Pierre, cliquez ICI
Et sur Charles Doursenaud, cliquez ICI


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Lettres noires : des ténèbres à la lumière – Alain Mabanckou (Fayard – avril 2016)

Le 17 mars 2016, l’écrivain congolais-français Alain Mabanckou a prononcé, devant ses collègues du Collège de France et un large public, sa « Leçon inaugurale » dont le titre est très explicite, « Lettres noires : des ténèbres à la lumière ». Il retrace l’histoire de la littérature d’Afrique noire d’expression française, à laquelle il associe les littératures caribéenne et afro-américaine.

Cette histoire débute par la littérature coloniale, liée évidemment à  la colonisation française en Afrique, avec les images et clichés que l’on plaquait (que l’on plaque encore) sur l’homme africain considéré comme inférieur. Elle se poursuit avec les combats menés depuis un siècle pour s’en dégager et l’émergence, qui devient actuellement une belle efflorescence, d’une littérature spécifique d’Afrique noire d’expression française.

Alain Mabanckou observe la dialectique entre cette littérature et la littérature coloniale française « à la fois inséparables et antagoniques » qui aboutit « à un constat indéniable : la littérature coloniale française a accouché d’une littérature dite « nègre », celle-là qui allait revendiquer plus tard une parole interdite ou confisquée par l’Occident, permise parfois ou sous tutelle ou sous le couvert d’une certaine aliénation culturelle jusqu’à la franche rupture née de « négritude, ce courant qui, dans l’entre-deux-guerres, exaltait la fierté d’être noir et l’héritage de la civilisation française » (..) » (pages 27&28). L’auteur retrace  l’évolution de cette littérature, qui prépare et accompagne la décolonisation.  En 1921, le guyanais René Maran, fut le premier noir à obtenir le Prix Goncourt en 1921 avec son livre Batouala. Dès les années 20, les écrivains coloniaux qui vivent dans les Colonies et justifient l’entreprise coloniale, se trouvent remis en cause par les écrivains voyageurs qui dénoncent violemment le système colonial, de Gide jusqu’à Céline en passant par Michel Leiris et aussi l’écrivain journaliste Albert Londres. A côté, d’autres influences ont été importantes comme celle de la littérature arabe, bien antérieure à celle de la colonisation occidentale, celle, plus contemporaine, de la littérature afro-américaine, et celle de sa sœur-jumelle, la littérature caribéenne.

L’auteur retrace l’accélération de la prise en main de la parole et de l’écrit par les auteurs noirs après la deuxième guerre mondiale et la période de la décolonisation, l’arrivée des femmes dans le paysage littéraire, la problématique de la migration qui surgit dès les années 70, l’émergence de la mondialisation dans les années 2000, tout ceci contredisant les âneries insultantes proférées par un Président de la République française à Dakar en 2007 sur « l’homme africain (qui) n’est pas assez entré dans l’Histoire. »

Alain Mabanckou montre combien la littérature francophone peut ainsi se diversifier, se démultiplier, se déployer, non pas pour étendre un empire mais pour réfracter tous les éclats d’un monde aux multiples écritures miroitantes, refusant ainsi « la départementalisation de l’imaginaire ».

En refermant ce livre court et passionnant, je n’ai pas pu m’empêcher de craindre qu’un certain milieu littéraire germanopratin se « départementalise » à force d’en revenir trop souvent aux mêmes icônes médiatiques ou aux auteurs cultissimes toujours vénérés dans l’histoire littéraire nationale. Respirons le grand large !

Alain Mabanckou  prononçant sa Leçon inaugurale au Collège de France le 17 mars 2016. / AFP / JACQUES DEMARTHON

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Lire à Plourivo : prochain café littéraire, 6 avril, à 18h, au Bar «Le Houellic» au bourg de Plourivo

Le prochain café littéraire de nos amis de  « Lire à Plourivo » a lieu aujourd’hui, jeudi 6 avril, à 18 H, au bar «  le Houellic« , au bourg de Plourivo.
Au programme, l‘Iran ( en passant par la Turquie), avec le carnet de voyage de Loïc Huchet du Guermeur et de très nombreuses photos projetées sur l’écran géant de l’établissement.

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American Requiem – Jean-Christophe Buchot – Illustrations d’Hélène Balcer et Yann Voracek (Editions La Renverse – 2017)

Que n’a-t-on pas écrit à propos de l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy, un certain 22 novembre 1963, sous le soleil éclatant de Dallas ? Renouveler la littérature autour de cet événement relève de la gageure. Jean-Christophe Buchot relève le défi en reconstituant les cinq dernières secondes de JFK. Ce qui lui permet de n’être jamais démenti et d’ouvrir toutes les pistes possibles ou non.

L’ambition de l’auteur et la forme de son livre lui donne le champ libre pour interroger tel ou tel événement de la vie de Kennedy pour façonner une version de la mythologie multiforme du personnage. D’emblée, la réflexion se développe autour du mythe de la famille Kennedy arrivée au milieu du XIXème siècle sur le sol américain et dont le patriarche ne doute pas du destin fabuleux qui attend les générations qui suivent. Reste à savoir qui l’incarnera.

C’est donc autour de la famille Kennedy que le presque-déjà-mort recherche les origines de son destin à être tué dans cette ville dont il savait les dangers. Cette famille, exemple éclatant de la réussite à l’américaine mais toujours payée très cher par les trop-tôt disparus : depuis le frère ainé, Joe Junior, mort en 1917 aux commandes de son avion au-dessus de la Manche alors qu’il devait lâcher des bombes des positions allemandes, ; jusqu’à son troisième enfant Patrick, mort prématurément deux mois avant ce 22 novembre, à l’âge de deux jours. C’est encore cette réussite dévoreuse d’amour qui l’amène à quitter Inga, tant aimée, quittée trop vite et trop tôt, pour suivre son destin dans lequel le cœur n’a pas sa place.

Tout le livre est traversé de souvenirs, tant de la vie privée que publique de Kennedy, qui sonnent comme les traces d’une prédestination inévitable et l’annonce d’une mort devenue mythe. Et reviennent ces cinq dernières secondes, ce virage qui contourne un petit square, le soleil impitoyable, les femmes qui l’applaudissent, cette Lincoln au capot bleu nuit, l’immeuble aux briques rouges …

Avec American Requiem, l’assassinat de Kennedy n’est plus un événement historique tant de fois rabâché. L’auteur convie les grands de littérature mondiale – la Bible, Dante, Shakespeare, Camus, Mishima, etc – pour immerger ces cinq secondes historiques dans la mer profonde et incertaine d’un mythe inépuisable. « Pour comprendre les raisons de ma mort, pas besoin d’enquête policière, il suffit de relire le théâtre de Shakespeare et de Camus ». Notons d’ailleurs qu’aucune enquête policière n’a pu révéler de façon certaine les raisons, ni les auteurs véritables de cet assassinat.

« Je me suis fait dessoudé comme je l’avais souhaité, d’une balle en pleine tête, en pleine lumière, au moment propice pour assurer ma sainteté ». Cette affirmation est reprise, déclinée, reformulée de différentes façons dans les dernières pages du livre, donnant ainsi une dimension quasi christique à Kennedy. Car « seule une mort poétique peut assurer ma rédemption »

American Requiem fait éclater les coutures de la narration d’un événement historique en explorant d’autres chemins de sa compréhension, comme seule la littérature est capable de le tenter. Et de lancer des pistes hasardeuses ou non, pour aller au-delà de l’Histoire.

Jean-Christophe Buchot

PS : les illustrations de Hélène Balcer et de Yann Voracek accompagnent le texte de Jean-Christophe Buclot avec une belle élégance énigmatique.

PS2 : American Requiem est édité par une nouvelle maison d’édition basée à Caen « La Renverse » dont l’une des particularités est de publier des livres qui ne sont pas exactement rectangulaires…
Pour en savoir plus sur cette jeune et originale maison, cliquez sur http://editions-la-renverse.com/

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Signature de « Larme de Fleur », par Bernadette Guillouët – samedi 25 mars – 10h30

Bernadette Guillouët nous fait l’honneur de venir présenter et signer son recueil de poèmes, « Larme de Fleur » édité chez « Résilience », demain, samedi 25 mars, à 10h30.

Une belle occasion de découvrir une poétesse originaire de Guingamp qui se définit comme une « femme de l’être« .

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8ème Festival du Livre – Plourivo – samedi 4 et dimanche 5 mars

Samedi et dimanche prochain, 4 et 5 mars 2017 : 8ème Festival du Livre à Plourivo.
Voici le programme.

 

 

 

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Mon cher fils – Leïla Sebbar (Editions elyzad – 2009)

« Mon cher fils »…  C’est ainsi que débute chaque lettre qu’un vieil homme veut envoyer à son fils qui est en France. Le vieil homme est à Alger. Il n’écrit pas lui-même, il dicte la lettre à Alma, écrivaine publique, qu’il retrouve à la Grande Poste d’Alger, construction iconique du style arabo-colonial, aussi lumineuse à l’extérieur que sombre à l’intérieur, dans un quartier d’Alger toujours très fréquenté..

Cet homme a longtemps vécu dans la région parisienne, a travaillé chez Renault sur l’île Séguin. Il a fait partie de la première vague d’immigration venant du Maghreb, quand les grandes entreprises françaises allait chercher dans ces pays récemment décolonisés, la main d’œuvre ouvrière qui manquait alors en France.  Il a choisi de revenir dans son pays pour sa retraite.  Sa femme, ses sept filles et son fils sont restés en France. C’est à ce dernier, dont il n’a aucune nouvelle, qu’il tente de s’adresser. Son fils, qui a refusé de suivre le même chemin que lui. Son fils, toujours animé d’une révolte qu’il avait du mal à exprimer. Son fils qu’il ne comprenait pas quand ils vivaient encore sous le même toit.  Tout le livre est le récit de l’impossibilité de nouer le dialogue, ne serait-ce que furtif, entre son fils et lui-même.

Au fil des rencontres entre le vieil homme et l’écrivaine, peu de mots sont écrits. Mais de très nombreux mots sont dits. Les mots de l’histoire tragique des relations franco-algériennes, et celle des Algériens qui ont lutté pour leur indépendance dans une guerre atroce, ces Algériens qui ont travaillé dans les usines parisiennes et d’ailleurs. Les mots de ce lien si complexe entre l’Algérie et la France, deux pays dont les histoires se frottent et se fracassent depuis bientôt deux siècles. Plusieurs fois revient le nom de Isabelle Eberhardt, cette écrivaine d’origine russe, qui s’installe au début du XXème siècle en Algérie en vivant parmi les Algériens et dont les récits publiés après sa mort et présentent la réalité quotidienne de la société algérienne au temps de la colonisation française.

En voulant écrire à son fils, le vieil homme essaie de comprendre sa vie, de la légitimer face au mépris que son fils lui jetait à la figure car il le trouvait trop soumis aux patrons, aux Français. Alma elle-même tente de rechercher une histoire de son pays, seul son père est encore près d’elle, sa mère est retournée en Bretagne. Elle recherche l’histoire des femmes de son pays, celle qui n’est pas racontée tant la femme n’a pas d’histoire personnelle dans le carcan d’une religion fossilisée, au mépris d’une tradition où elle a été chantée et fêtée comme rarement dans d’autres civilisations. D’autres histoires familiales se fondent avec celle du vieil homme et d’Alma. D’écritures en confidences, c’est une description d’une réalité complexe, avec tout ce qu’il y a d’incertain, de violent, de surprenant, de fortuit, de tranchant. Elle vient de diverses sources mais reliées par cette histoire faite de compositions et de décompositions. L’histoire de ces vies où l’on ne réussit pas à vivre « entre l’infini du ciel et du sable, de l’ocre et du bleu » comme il est dit dans le Coran.

A la fin du livre, le vieil homme apprend où est son fils, épilogue dont l’écho résonne de façon assourdissante à l’heure actuelle. Écrit il y a huit ans, ce livre pourrait presque avoir été écrit récemment, tellement les choix de jeunes gens dont certains utilisent la révolte et le dégout, aboutissent à des destins tragiquement similaires. Et enflamment notre époque.

[ voir aussi la chronique à propos d’un autre livre de Leïla Sebbar, « Le ravin de la femme sauvage » ]

Leïla Sebbar (photo lepopulairre.fr)

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Au commencement du septième jour – Luc Lang – Stock (2016)

Il s’agit, a priori, d’une chronique familiale, trois frères et sœurs : Thomas, informaticien surdoué, marié avec Camille qui vient d’être victime d’un mystérieux et fatal accident de voiture, père de Anton et Elsa. Il travaille dans une start-up en pleine croissance, « vivant avec ivresse l’invention d’une monde global », sommet symbolique de la modernité connectée et totalitaire en mettant au point un logiciel de surveillance du temps de travail. Jean, le frère ainé, ingénieur agronome, est resté au pays, dans les Pyrénées, pour s’occuper de l’élevage familial de moutons en maintenant une exploitation de type traditionnel, le contraire absolu de l’univers de son frère. Pauline, la sœur ainée, travaille dans une ONG au nord du Cameroun, dans une région menacée par Boko Haram, en appartenant «à cette cohorte rare de Blancs qui mendiaient leur pitance sur le continent noir, parce qu’ils s’étaient égarés dans le rêve illusoire de l’Afrique somptueuse et sauvage. ». Trois destinées divergentes, chacune emblématique d’un aspect de notre monde, mais enracinées dans un même passé familial tragique toujours en résurgence.

Chacune de ces trois parties – Paris, Les Pyrénées, le Cameroun – met l’accent sur un aspect du monde actuel. A Paris, la férocité de l’univers orwellien des start-ups aux exigences diaboliques. Dans les Pyrénées, la beauté d’une nature sauvage où la vraie vie, celle du maintien d’une ruralité salvatrice, n’empêche pas les catastrophes avec ce constat : « La vie est une prison, on est enfermés dans le malheur ». Au Cameroun, la description apocalyptique d’un pays maintenu dans la pauvreté par le néo-colonialisme dont l’instrument est un Président au pouvoir depuis plus de quarante ans, corrompu et brutal, mais désarmé face à la menace de Boko Haram….

Cette saga familiale enjambant le temps et les kilomètres est développée avec un art de la narration stupéfiant, une écriture dont la capacité descriptive s’inscrit dans les mots autant que dans le rythme de la phrase, un contexte qui, à chaque fois, loin d’être un décor, devient partie prenante du récit, dont l’élaboration complexe reste pourtant limpide. Et ces phrases en mots bousculés, en torrents bouillonnants, en chutes vertigineuses, en escalades escarpées, ces phrases qui dégringolent, qui se cognent, qui rebondissent, filent impétueusement grâce à des sensations précises et des perceptions à fleur de peau, vers une conclusion, toujours en suspens.

Luc Lang a fait de ce roman une course effrénée, celle de notre époque devenue folle, celle d’une famille dont les plaies sont imprescriptibles, celle d’un livre parfaitement abouti.

Luc Lang (photo Ulf Andersen)

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Deux remords de Claude Monet – Michel Bernard – La Table ronde (2016)

6 décembre 1870, la France est en guerre contre la Prusse. Paris est assiégé. Sur le champ d’une bataille perdue, un père cherche le cadavre de son fils, Frédéric Bazille, qui aurait dû avoir vingt-neuf ans en ce jour. Quelques années auparavant, Frédéric Bazille était peintre, ami de Claude Monet, au moment où, en compagnie de quelques autres – Renoir, Manet, …-  ils écrivaient une nouvelle page de la peinture occidentale avec ce qui allait s’appeler l’Impressionnisme, où la lumière était célébrée comme jamais auparavant.

Frédéric figure dans Le déjeuner sur l’herbe de Monet. Dans un autre tableau, réalisé peu de temps après, La femme à la robe verte, c’est Camille qui pose, la future femme de Monet. Et dans Femmes au jardin, où quatre femmes tournent autour d’un arbre, Camille y figure, encore… Ces ombres et lumières rappellent cette époque en paix, où l’amitié et l’amour illuminaient ses tableaux, qui étaient encore souvent mal compris.

Le déjeuner sur l’herbe – Claude Monet – 1865-66 – Musée Pouchkine – Moscou

Ce livre n’est pas une biographie exhaustive de Claude Monet. Michel Bernard évoque les proches du peintre, sans influence directe sur son art, mais dont la présence infuse ses toiles  au-delà du temps : « De la scène peinte il y avait trois ans, Frédéric était le seul manquant. Pourtant c’est par lui que tous ensemble, hommes, femmes, arbres restaient noués, pris dans l’instant, comme l’empreinte d’animaux et de fougères antédiluviennes conservés dans un morceau d’ambre. Sur la toile aux couleurs vives, le sillage de leur affection persisterait quand ils ne seront plus. ».

Camille ou la femme à la robe verte – Monet – Kunsthalle, Bremen

La peinture de Monet rend palpable ce temps disparu, en les montrant en pleine vie, cette vie pourtant mauvaise joueuse avec la maladie, la mort, la guerre. La peinture est bien plus qu’une représentation plus ou moins parfaite, elle est une forme d’incarnation de la vie. En peignant Camille, Claude représentait, ce qu’il vivait, leur amour, leur désir, leurs étreintes. « Le peintre mêlait sa femme au monde. Il fixait dans le jour l’étreinte de la nuit. ». Il a aussi représenté sa mort avec le sidérant portrait de Camille morte en 1879.

Bien avant, il y eut les soucis quotidiens de ces années où les ventes de tableaux restaient aléatoires. « Aucune rebuffade, aucune injure, rien, même l’indifférence ne le faisait varier. Monet ne doutait pas. ». Et la guerre, celle de 1870, le départ pour l’Angleterre, puis la Hollande pour éviter la famine qui sévissait à Paris.

Camille sur son lit de mort – 1879 – (musée d’Orsay)

Puis le retour, l’installation à Argenteuil, la paix qui s’installe, le succès qui se rapproche grâce à « quelques amateurs sans préjugés.» Le sentiment « qu’ils étaient sur le seuil, lui et les siens, de ce que donne la vie de meilleur, et le plus généreusement : la jouissance du monde. » Et la passion du jardin, le retour à Paris, la dépendance à un marchand, une deuxième naissance, Michel. Mais Camille est malade. Et meurt.

Près de trente ans après, Monet est adulé et riche. Il vit à Giverny dont il a façonné le jardin. Sa famille est autour de lui, du moins celles et ceux que la mort lui a laissés. C’est Blanche, la veuve de son premier fils, Jean, qui s’occupe de lui et de la maison. Quand l’été 1914 arrive, Monet fait construire un troisième atelier, beaucoup plus grand que les deux premiers, pour s’atteler à son projet : peindre les nymphéas de son jardin . « Il en serait l’ouvrier et le contremaître, l’architecte et l’ingénieur, la brute pleine de sensations au service d’il ne savait quoi. Il peindrait un mélange d’eau et de ciel, et il ferait voir au travers. » Pendant et après la guerre, son ami Clemenceau vient souvent lui rendre visite, alors que lui-même devient quasiment aveugle : il ne peignait plus qu’une « espèce de ratatouille »  que les collectionneurs s’arrachaient à prix d’or.

Femmes au jardin – 1870 – Musée d’Orsay

Au fil de la conversation amicale entre ces deux vieillards célèbres, Clemenceau suggère à Monet de léguer une partie des Nymphéas à la République pour orner les murs de l’Orangerie, près du palais de Tuileries qui n’existait plus. Monet accepte, « à condition qui lui soit achetée une toile de sa collection personnelle, « Femmes au jardin », et qu’elle soit exposée au Louvre, au cœur de Paris, parmi les chefs d’œuvre du monde », cette toile de ses débuts, qui ne n’est pas l’une des plus célèbres mais où Camille dansante est représentée, multipliée par l’amour.

Tout historien de l’art se pose la question du lien entre la vie et l’œuvre de l’artiste. Tout le long de ce livre et, en le terminant  avec ce don par lequel Monet lègue ce qu’il a de plus intime, Michel Bernard pose un regard aussi savant qu’émerveillé sur les liens très serrés entre l’œuvre et la vie de Monet. Son livre est non seulement un vrai délice de lecture, mais aussi une subtile approche qui permet de déceler comment la vie, l’amour, la mort n’ont pas cessé de tendre la main à l’art.

Michel Bernard

 

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Le polar local à l’honneur, samedi prochain 28 janvier, à 10h30, à la bibliothèque de Pléhédel

Vous aimez les polars ? Et la littérature locale ?
Alors, venez rencontrer :
Fanch REBOURS ( qui publie son troisième roman policier)
– et Françoise CAVELAN, auteure de romans policiers qui habite à Plouézec

Samedi prochain, 28 janvier 2017, de 10h30 à 12h, à la bibliothèque de Pléhédel.

            

 

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