8ème Festival du Livre – Plourivo – samedi 4 et dimanche 5 mars

Samedi et dimanche prochain, 4 et 5 mars 2017 : 8ème Festival du Livre à Plourivo.
Voici le programme.

 

 

 

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Mon cher fils – Leïla Sebbar (Editions elyzad – 2009)

« Mon cher fils »…  C’est ainsi que débute chaque lettre qu’un vieil homme veut envoyer à son fils qui est en France. Le vieil homme est à Alger. Il n’écrit pas lui-même, il dicte la lettre à Alma, écrivaine publique, qu’il retrouve à la Grande Poste d’Alger, construction iconique du style arabo-colonial, aussi lumineuse à l’extérieur que sombre à l’intérieur, dans un quartier d’Alger toujours très fréquenté..

Cet homme a longtemps vécu dans la région parisienne, a travaillé chez Renault sur l’île Séguin. Il a fait partie de la première vague d’immigration venant du Maghreb, quand les grandes entreprises françaises allait chercher dans ces pays récemment décolonisés, la main d’œuvre ouvrière qui manquait alors en France.  Il a choisi de revenir dans son pays pour sa retraite.  Sa femme, ses sept filles et son fils sont restés en France. C’est à ce dernier, dont il n’a aucune nouvelle, qu’il tente de s’adresser. Son fils, qui a refusé de suivre le même chemin que lui. Son fils, toujours animé d’une révolte qu’il avait du mal à exprimer. Son fils qu’il ne comprenait pas quand ils vivaient encore sous le même toit.  Tout le livre est le récit de l’impossibilité de nouer le dialogue, ne serait-ce que furtif, entre son fils et lui-même.

Au fil des rencontres entre le vieil homme et l’écrivaine, peu de mots sont écrits. Mais de très nombreux mots sont dits. Les mots de l’histoire tragique des relations franco-algériennes, et celle des Algériens qui ont lutté pour leur indépendance dans une guerre atroce, ces Algériens qui ont travaillé dans les usines parisiennes et d’ailleurs. Les mots de ce lien si complexe entre l’Algérie et la France, deux pays dont les histoires se frottent et se fracassent depuis bientôt deux siècles. Plusieurs fois revient le nom de Isabelle Eberhardt, cette écrivaine d’origine russe, qui s’installe au début du XXème siècle en Algérie en vivant parmi les Algériens et dont les récits publiés après sa mort et présentent la réalité quotidienne de la société algérienne au temps de la colonisation française.

En voulant écrire à son fils, le vieil homme essaie de comprendre sa vie, de la légitimer face au mépris que son fils lui jetait à la figure car il le trouvait trop soumis aux patrons, aux Français. Alma elle-même tente de rechercher une histoire de son pays, seul son père est encore près d’elle, sa mère est retournée en Bretagne. Elle recherche l’histoire des femmes de son pays, celle qui n’est pas racontée tant la femme n’a pas d’histoire personnelle dans le carcan d’une religion fossilisée, au mépris d’une tradition où elle a été chantée et fêtée comme rarement dans d’autres civilisations. D’autres histoires familiales se fondent avec celle du vieil homme et d’Alma. D’écritures en confidences, c’est une description d’une réalité complexe, avec tout ce qu’il y a d’incertain, de violent, de surprenant, de fortuit, de tranchant. Elle vient de diverses sources mais reliées par cette histoire faite de compositions et de décompositions. L’histoire de ces vies où l’on ne réussit pas à vivre « entre l’infini du ciel et du sable, de l’ocre et du bleu » comme il est dit dans le Coran.

A la fin du livre, le vieil homme apprend où est son fils, épilogue dont l’écho résonne de façon assourdissante à l’heure actuelle. Écrit il y a huit ans, ce livre pourrait presque avoir été écrit récemment, tellement les choix de jeunes gens dont certains utilisent la révolte et le dégout, aboutissent à des destins tragiquement similaires. Et enflamment notre époque.

[ voir aussi la chronique à propos d’un autre livre de Leïla Sebbar, « Le ravin de la femme sauvage » ]

Leïla Sebbar (photo lepopulairre.fr)

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Au commencement du septième jour – Luc Lang – Stock (2016)

Il s’agit, a priori, d’une chronique familiale, trois frères et sœurs : Thomas, informaticien surdoué, marié avec Camille qui vient d’être victime d’un mystérieux et fatal accident de voiture, père de Anton et Elsa. Il travaille dans une start-up en pleine croissance, « vivant avec ivresse l’invention d’une monde global », sommet symbolique de la modernité connectée et totalitaire en mettant au point un logiciel de surveillance du temps de travail. Jean, le frère ainé, ingénieur agronome, est resté au pays, dans les Pyrénées, pour s’occuper de l’élevage familial de moutons en maintenant une exploitation de type traditionnel, le contraire absolu de l’univers de son frère. Pauline, la sœur ainée, travaille dans une ONG au nord du Cameroun, dans une région menacée par Boko Haram, en appartenant «à cette cohorte rare de Blancs qui mendiaient leur pitance sur le continent noir, parce qu’ils s’étaient égarés dans le rêve illusoire de l’Afrique somptueuse et sauvage. ». Trois destinées divergentes, chacune emblématique d’un aspect de notre monde, mais enracinées dans un même passé familial tragique toujours en résurgence.

Chacune de ces trois parties – Paris, Les Pyrénées, le Cameroun – met l’accent sur un aspect du monde actuel. A Paris, la férocité de l’univers orwellien des start-ups aux exigences diaboliques. Dans les Pyrénées, la beauté d’une nature sauvage où la vraie vie, celle du maintien d’une ruralité salvatrice, n’empêche pas les catastrophes avec ce constat : « La vie est une prison, on est enfermés dans le malheur ». Au Cameroun, la description apocalyptique d’un pays maintenu dans la pauvreté par le néo-colonialisme dont l’instrument est un Président au pouvoir depuis plus de quarante ans, corrompu et brutal, mais désarmé face à la menace de Boko Haram….

Cette saga familiale enjambant le temps et les kilomètres est développée avec un art de la narration stupéfiant, une écriture dont la capacité descriptive s’inscrit dans les mots autant que dans le rythme de la phrase, un contexte qui, à chaque fois, loin d’être un décor, devient partie prenante du récit, dont l’élaboration complexe reste pourtant limpide. Et ces phrases en mots bousculés, en torrents bouillonnants, en chutes vertigineuses, en escalades escarpées, ces phrases qui dégringolent, qui se cognent, qui rebondissent, filent impétueusement grâce à des sensations précises et des perceptions à fleur de peau, vers une conclusion, toujours en suspens.

Luc Lang a fait de ce roman une course effrénée, celle de notre époque devenue folle, celle d’une famille dont les plaies sont imprescriptibles, celle d’un livre parfaitement abouti.

Luc Lang (photo Ulf Andersen)

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Deux remords de Claude Monet – Michel Bernard – La Table ronde (2016)

6 décembre 1870, la France est en guerre contre la Prusse. Paris est assiégé. Sur le champ d’une bataille perdue, un père cherche le cadavre de son fils, Frédéric Bazille, qui aurait dû avoir vingt-neuf ans en ce jour. Quelques années auparavant, Frédéric Bazille était peintre, ami de Claude Monet, au moment où, en compagnie de quelques autres – Renoir, Manet, …-  ils écrivaient une nouvelle page de la peinture occidentale avec ce qui allait s’appeler l’Impressionnisme, où la lumière était célébrée comme jamais auparavant.

Frédéric figure dans Le déjeuner sur l’herbe de Monet. Dans un autre tableau, réalisé peu de temps après, La femme à la robe verte, c’est Camille qui pose, la future femme de Monet. Et dans Femmes au jardin, où quatre femmes tournent autour d’un arbre, Camille y figure, encore… Ces ombres et lumières rappellent cette époque en paix, où l’amitié et l’amour illuminaient ses tableaux, qui étaient encore souvent mal compris.

Le déjeuner sur l’herbe – Claude Monet – 1865-66 – Musée Pouchkine – Moscou

Ce livre n’est pas une biographie exhaustive de Claude Monet. Michel Bernard évoque les proches du peintre, sans influence directe sur son art, mais dont la présence infuse ses toiles  au-delà du temps : « De la scène peinte il y avait trois ans, Frédéric était le seul manquant. Pourtant c’est par lui que tous ensemble, hommes, femmes, arbres restaient noués, pris dans l’instant, comme l’empreinte d’animaux et de fougères antédiluviennes conservés dans un morceau d’ambre. Sur la toile aux couleurs vives, le sillage de leur affection persisterait quand ils ne seront plus. ».

Camille ou la femme à la robe verte – Monet – Kunsthalle, Bremen

La peinture de Monet rend palpable ce temps disparu, en les montrant en pleine vie, cette vie pourtant mauvaise joueuse avec la maladie, la mort, la guerre. La peinture est bien plus qu’une représentation plus ou moins parfaite, elle est une forme d’incarnation de la vie. En peignant Camille, Claude représentait, ce qu’il vivait, leur amour, leur désir, leurs étreintes. « Le peintre mêlait sa femme au monde. Il fixait dans le jour l’étreinte de la nuit. ». Il a aussi représenté sa mort avec le sidérant portrait de Camille morte en 1879.

Bien avant, il y eut les soucis quotidiens de ces années où les ventes de tableaux restaient aléatoires. « Aucune rebuffade, aucune injure, rien, même l’indifférence ne le faisait varier. Monet ne doutait pas. ». Et la guerre, celle de 1870, le départ pour l’Angleterre, puis la Hollande pour éviter la famine qui sévissait à Paris.

Camille sur son lit de mort – 1879 – (musée d’Orsay)

Puis le retour, l’installation à Argenteuil, la paix qui s’installe, le succès qui se rapproche grâce à « quelques amateurs sans préjugés.» Le sentiment « qu’ils étaient sur le seuil, lui et les siens, de ce que donne la vie de meilleur, et le plus généreusement : la jouissance du monde. » Et la passion du jardin, le retour à Paris, la dépendance à un marchand, une deuxième naissance, Michel. Mais Camille est malade. Et meurt.

Près de trente ans après, Monet est adulé et riche. Il vit à Giverny dont il a façonné le jardin. Sa famille est autour de lui, du moins celles et ceux que la mort lui a laissés. C’est Blanche, la veuve de son premier fils, Jean, qui s’occupe de lui et de la maison. Quand l’été 1914 arrive, Monet fait construire un troisième atelier, beaucoup plus grand que les deux premiers, pour s’atteler à son projet : peindre les nymphéas de son jardin . « Il en serait l’ouvrier et le contremaître, l’architecte et l’ingénieur, la brute pleine de sensations au service d’il ne savait quoi. Il peindrait un mélange d’eau et de ciel, et il ferait voir au travers. » Pendant et après la guerre, son ami Clemenceau vient souvent lui rendre visite, alors que lui-même devient quasiment aveugle : il ne peignait plus qu’une « espèce de ratatouille »  que les collectionneurs s’arrachaient à prix d’or.

Femmes au jardin – 1870 – Musée d’Orsay

Au fil de la conversation amicale entre ces deux vieillards célèbres, Clemenceau suggère à Monet de léguer une partie des Nymphéas à la République pour orner les murs de l’Orangerie, près du palais de Tuileries qui n’existait plus. Monet accepte, « à condition qui lui soit achetée une toile de sa collection personnelle, « Femmes au jardin », et qu’elle soit exposée au Louvre, au cœur de Paris, parmi les chefs d’œuvre du monde », cette toile de ses débuts, qui ne n’est pas l’une des plus célèbres mais où Camille dansante est représentée, multipliée par l’amour.

Tout historien de l’art se pose la question du lien entre la vie et l’œuvre de l’artiste. Tout le long de ce livre et, en le terminant  avec ce don par lequel Monet lègue ce qu’il a de plus intime, Michel Bernard pose un regard aussi savant qu’émerveillé sur les liens très serrés entre l’œuvre et la vie de Monet. Son livre est non seulement un vrai délice de lecture, mais aussi une subtile approche qui permet de déceler comment la vie, l’amour, la mort n’ont pas cessé de tendre la main à l’art.

Michel Bernard

 

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Le polar local à l’honneur, samedi prochain 28 janvier, à 10h30, à la bibliothèque de Pléhédel

Vous aimez les polars ? Et la littérature locale ?
Alors, venez rencontrer :
Fanch REBOURS ( qui publie son troisième roman policier)
– et Françoise CAVELAN, auteure de romans policiers qui habite à Plouézec

Samedi prochain, 28 janvier 2017, de 10h30 à 12h, à la bibliothèque de Pléhédel.

            

 

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Rappel : « Rencontre autour de livres » – dimanche prochain, 15 janvier, 17h30 – à l’Arbre-Lyre

La prochaine « Rencontre autour des livres »  aura lieu :
– le dimanche 15 janvier 2017
– à 17h30
– à l’Arbre-Lyre (ancienne crêperie des Templiers) à Lanleff.

Il n’y a pas de thème proposé mais nous serons plusieurs à parler de BD, comme, par exemple « Les Voyages d’Ulysse », d’Emmanuel Lepage.

Donc n’hésitez pas à apporter un livre (BD ou non) que vous avez aimé pour partager votre plaisir de lire.
Comme d’habitude, la « Rencontre autour des livres » sera suivie d’une « auberge espagnole » où tout le monde pourra apprécier plats et boissons que chacun aura apportés.

Nous vous attendons nombreux ! Et il y aura du feu dans la cheminée !

 

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Légende – Sylvain Prudhomme – l’arbalète gallimard (2016)

C’est la photo de couverture qui m’a attiré, ce noir et blanc étincelant d’un troupeau de moutons rejoignant les Alpes pour les quatre mois d’estive. Bien que ne goûtant pas vraiment Giono, probablement par méconnaissance, j’espérais un livre bucolique et rêveur qu’évoquait cette image provençale.

La photographie peut être le révélateur d’une époque révolue. Matt, long Anglais de deux mètres, qui se décrit comme « vendeur de chiottes », en fait, de toilettes sèches publiques, et Nel, fils et petit-fils de bergers, tous deux passionnés de photo et de vidéo, aiment survoler en ballon la Crau, désert de pierres non loin d’Arles. Toussaint, un designer habitué de la région depuis longtemps, veut les intéresser à son projet :  retrouver les traces de la Chou, restaurant devenu dans les années soixante-dix une boîte de nuit très fréquentée, symbole des fêtes débridées et de l’insouciance supposée de cette période, dont « la magie tenait à l’innocence ». La vraie enquête concernera deux frères, Fabien et Christian, aux tempéraments opposés, morts très jeunes, le même jour, à des milliers de kilomètres de distance : ils étaient cousins de Nel.

L’auteur narre la reconstitution de ces deux destinées fauchées si rapidement, de découvertes en élucidations, de mystères en incompréhensions, reconstitution qui s’égare dans des chemins de traverse dans lesquels Matt et Nel tentent de se retrouver. Parcours quelque peu labyrinthique dans lequel j’ai parfois perdu le fil. Mais quelques passages permettent une sortie du labyrinthe, surtout quand Fabien est évoqué, le personnage le plus achevé du livre, qui survole au propre comme au figuré tout son monde, qui sera vaincu définitivement.

Finalement, ce livre ne pose-t-il pas la question de cette innocence qui nimbe de magie la réalité, sorte de roulette russe qui sauve certains et en condamne d’autres ? Et aussi celle de la reconstitution du passé, tâche éperdue, toujours aléatoire, jamais satisfaisante ? Une fois trouvée quelque rive où mon bateau-ivre de lecteur a pu s’arrimer, il me reste la trace d’un beau livre étrange et inconfortable, dont l’écriture va du somnambulisme à la violence, pour un aller-retour entre deux époques.

[Pour regarder une interview de l’auteur à propos de Légende, cliquez ICI  ]

Sylvain Prudhomme – photo Catherine Hélie (Gallimard).

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Prochaine « Rencontre autour des livres » : dimanche 15 janvier – 17h30 – Arbre-Lyre (Lanleff)

D’abord, l’association des amis de le bibliothèque de Lanleff vous souhaite une très bonne année 2017 pour vous- même et votre famille, avec de belles lectures et le plaisir d’en parler autour de vous.

La première occasion d’en parler en 2017 sera la prochaine « Rencontre autour des livres » qui aura lieu :
– le dimanche 15 janvier 2017
– à 17h30
– à l’Arbre-Lyre (ancienne crêperie des Templiers) à Lanleff.

Il n’y a pas de thème proposé mais nous serons plusieurs à parler de BD, comme, par exemple « Les Voyages d’Ulysse », d’Emmanuel Lepage.

Donc n’hésitez pas à apporter un livre (BD ou non) que vous avez aimé pour partager votre plaisir de lire.
Comme d’habitude, la « Rencontre autour des livres » sera suivie d’une « auberge espagnole » où tout le monde pourra apprécier plats et boissons que chacun aura apportés.

Nous vous attendons nombreux ! Et il y aura du feu dans la cheminée !

 

 

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Histoire du lion Personne – Stéphane Audeguy – Seuil (2016)

histoire-du-lion-personne« Histoire du lion Personne » commence par l’évocation d’un gamin de treize ans, Yacine, qui vit au Sénégal, en 1786. Immédiatement s’impose l’écriture de Stéphane Audeguy, fluide, précise, sans fortissimo, ni complexité de vocabulaire ou lexicale, mais évidente, claire, d’une parfaite lisibilité sans jamais tomber dans l’anodin. Un exemple de sismographe d’une extrême précision qui donne à la prose française toute sa clarté, jusqu’à la dernière ligne du livre.

La beauté de cette écriture, pour quelle histoire ? Comme le note l’auteur en quatrième de couverture, il est impossible de raconter l’histoire d’un lion « parce qu’il y a une indignité à parler à la place de quiconque, surtout s’il s’agit d’un animal. » Peut-on raconter l’histoire de Personne, traduction française de Kena, le nom que lui donne Yacine, qui le découvre en pleine savane ? Yacine, amateur de mathématique, « ce point d’appui donnant aux Blancs le pouvoir d’être le maitre absolu de l’univers et de soumettre les populations proches et lointaines. ». Et lecteur de Lucrèce, où il a « trouvé comme une illumination, le premier et le dernier mot de la philosophie : la peur pousse la masse des hommes vers la religion ; il convient de se dépendre d’elle car elle tue l’esprit. »

Les principaux personnages qui apparaissent tout au long de la vie de Personne sont tous plus ou moins des marginaux dans leur société, quelle que soit leur place : le directeur de la Compagnie royale du Sénégal, Jean-Gabriel Pelletan, un homme qui utilise sa fonction officielle pour limiter les effets tragiques de la société esclavagiste. Et qui partage secrètement sa vie avec Adal, « un homme singulier à la peau d’un noir profond ». Un petit chiot braque adopté par Personne, est appelé Hercule : les deux forment un curieux couple désaccordé et totalement complice.  L’hostilité grandit entre Pelletan et sa maisonnée, animaux compris, et le milieu esclavagiste local, une étrange aristocratie où règnent les signares, riches dames de sang mêlé. Afin d’épargner leurs vies, Personne et Hercule sont déposés dans la savane dont ils reviennent ; puis expédiés par bateau en France pour garnir la Ménagerie royale de Versailles. Voyage épouvantable, qui résonne comme un témoignage au scalpel de la traite des Noirs. Arrivés au Havre, Personne et Hercule sont confiés à Jean Dubois, mandaté par la Ménagerie du Roi pour les convoyer jusqu’à Versailles. Autre voyage pavé de menaces et de dangers au cours duquel cet attelage hors-norme d’un homme, d’un lion et d’un petit chien traverse un monde qui bascule.

On est en 1788, au moment où les métiers à tisser, symboles du « Progrès », première étape des « Temps modernes », transforment une ville « en un énorme essaim de métal qui bourdonne » ; au moment où une tempête exceptionnelle abat les arbres, brise les vitres, et jette à la rue une grande partie de la population. Tout au long des soubresauts de la Révolution, Personne et Hercule sont plus ou moins maltraités, deviennent des objets de curiosité plus ou moins malsaine. Et finissent par mourir, comme Dubois, comme Pelletan revenu en France. Le seul survivant sera Adal, le fidèle compagnon de Pelletan, revenu sous les crachats à Saint-Louis du Sénégal.

Dans ce livre,  les marginaux, humains et animaux, sont les révélateurs des blocages dus à l’ordre établi, des fractures dues au bouleversement. Leur marginalité est le « scanner » de cette période, où se mêlent le début de la colonisation, les prémisses de la révolution industrielle, le développement de la Révolution française, et sa confiscation par Bonaparte. L’histoire d’un lion nommé Personne, c’est celle des premiers pas de ce monde moderne dont nous sommes en train de vivre la mutation ou l’essoufflement.

« Histoire du lion Personne » est un roman. Mais aussi une leçon d’histoire dans ce qu’elle a de meilleure, mise en lumière vivante et mise en perspective historique. Et si bien écrite.

Stéphane Audeguy

Stéphane Audeguy

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Lire à Plourivo : prochain café littéraire, jeudi 15, à 18h, au Bar « Le Houellic » au bourg de Plourivo

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Le prochain café littéraire de nos amis « Lire à Plourivo » aura lieu jeudi 15 décembre  à 18h, au au Bar « Le Houellic » au bourg de Plourivo.

Avant vos coups de coeur, la première partie sera consacrée à l’Histoire :

Yannick KERVERN présentera son ouvrage sur l’histoire d’un conte de fées : les châteaux de lady Mond, Coat an Noz, Castel Mond – Belle-Isle-en-Terre et Castel Mond-Dinard.

Marylou CHAPPE et Pierre GUERIN nous présenterons la réédition du livre tiré de la thèse de François Chappé : » Paimpol, la République et la Mer (1880-1914), l’épopée islandaise« .

Deux idées de cadeaux pour Noël …

 

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