Rappel : « Rencontre autour de livres » – dimanche prochain, 15 janvier, 17h30 – à l’Arbre-Lyre

La prochaine « Rencontre autour des livres »  aura lieu :
– le dimanche 15 janvier 2017
– à 17h30
– à l’Arbre-Lyre (ancienne crêperie des Templiers) à Lanleff.

Il n’y a pas de thème proposé mais nous serons plusieurs à parler de BD, comme, par exemple « Les Voyages d’Ulysse », d’Emmanuel Lepage.

Donc n’hésitez pas à apporter un livre (BD ou non) que vous avez aimé pour partager votre plaisir de lire.
Comme d’habitude, la « Rencontre autour des livres » sera suivie d’une « auberge espagnole » où tout le monde pourra apprécier plats et boissons que chacun aura apportés.

Nous vous attendons nombreux ! Et il y aura du feu dans la cheminée !

 

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Légende – Sylvain Prudhomme – l’arbalète gallimard (2016)

C’est la photo de couverture qui m’a attiré, ce noir et blanc étincelant d’un troupeau de moutons rejoignant les Alpes pour les quatre mois d’estive. Bien que ne goûtant pas vraiment Giono, probablement par méconnaissance, j’espérais un livre bucolique et rêveur qu’évoquait cette image provençale.

La photographie peut être le révélateur d’une époque révolue. Matt, long Anglais de deux mètres, qui se décrit comme « vendeur de chiottes », en fait, de toilettes sèches publiques, et Nel, fils et petit-fils de bergers, tous deux passionnés de photo et de vidéo, aiment survoler en ballon la Crau, désert de pierres non loin d’Arles. Toussaint, un designer habitué de la région depuis longtemps, veut les intéresser à son projet :  retrouver les traces de la Chou, restaurant devenu dans les années soixante-dix une boîte de nuit très fréquentée, symbole des fêtes débridées et de l’insouciance supposée de cette période, dont « la magie tenait à l’innocence ». La vraie enquête concernera deux frères, Fabien et Christian, aux tempéraments opposés, morts très jeunes, le même jour, à des milliers de kilomètres de distance : ils étaient cousins de Nel.

L’auteur narre la reconstitution de ces deux destinées fauchées si rapidement, de découvertes en élucidations, de mystères en incompréhensions, reconstitution qui s’égare dans des chemins de traverse dans lesquels Matt et Nel tentent de se retrouver. Parcours quelque peu labyrinthique dans lequel j’ai parfois perdu le fil. Mais quelques passages permettent une sortie du labyrinthe, surtout quand Fabien est évoqué, le personnage le plus achevé du livre, qui survole au propre comme au figuré tout son monde, qui sera vaincu définitivement.

Finalement, ce livre ne pose-t-il pas la question de cette innocence qui nimbe de magie la réalité, sorte de roulette russe qui sauve certains et en condamne d’autres ? Et aussi celle de la reconstitution du passé, tâche éperdue, toujours aléatoire, jamais satisfaisante ? Une fois trouvée quelque rive où mon bateau-ivre de lecteur a pu s’arrimer, il me reste la trace d’un beau livre étrange et inconfortable, dont l’écriture va du somnambulisme à la violence, pour un aller-retour entre deux époques.

[Pour regarder une interview de l’auteur à propos de Légende, cliquez ICI  ]

Sylvain Prudhomme – photo Catherine Hélie (Gallimard).

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Prochaine « Rencontre autour des livres » : dimanche 15 janvier – 17h30 – Arbre-Lyre (Lanleff)

D’abord, l’association des amis de le bibliothèque de Lanleff vous souhaite une très bonne année 2017 pour vous- même et votre famille, avec de belles lectures et le plaisir d’en parler autour de vous.

La première occasion d’en parler en 2017 sera la prochaine « Rencontre autour des livres » qui aura lieu :
– le dimanche 15 janvier 2017
– à 17h30
– à l’Arbre-Lyre (ancienne crêperie des Templiers) à Lanleff.

Il n’y a pas de thème proposé mais nous serons plusieurs à parler de BD, comme, par exemple « Les Voyages d’Ulysse », d’Emmanuel Lepage.

Donc n’hésitez pas à apporter un livre (BD ou non) que vous avez aimé pour partager votre plaisir de lire.
Comme d’habitude, la « Rencontre autour des livres » sera suivie d’une « auberge espagnole » où tout le monde pourra apprécier plats et boissons que chacun aura apportés.

Nous vous attendons nombreux ! Et il y aura du feu dans la cheminée !

 

 

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Histoire du lion Personne – Stéphane Audeguy – Seuil (2016)

histoire-du-lion-personne« Histoire du lion Personne » commence par l’évocation d’un gamin de treize ans, Yacine, qui vit au Sénégal, en 1786. Immédiatement s’impose l’écriture de Stéphane Audeguy, fluide, précise, sans fortissimo, ni complexité de vocabulaire ou lexicale, mais évidente, claire, d’une parfaite lisibilité sans jamais tomber dans l’anodin. Un exemple de sismographe d’une extrême précision qui donne à la prose française toute sa clarté, jusqu’à la dernière ligne du livre.

La beauté de cette écriture, pour quelle histoire ? Comme le note l’auteur en quatrième de couverture, il est impossible de raconter l’histoire d’un lion « parce qu’il y a une indignité à parler à la place de quiconque, surtout s’il s’agit d’un animal. » Peut-on raconter l’histoire de Personne, traduction française de Kena, le nom que lui donne Yacine, qui le découvre en pleine savane ? Yacine, amateur de mathématique, « ce point d’appui donnant aux Blancs le pouvoir d’être le maitre absolu de l’univers et de soumettre les populations proches et lointaines. ». Et lecteur de Lucrèce, où il a « trouvé comme une illumination, le premier et le dernier mot de la philosophie : la peur pousse la masse des hommes vers la religion ; il convient de se dépendre d’elle car elle tue l’esprit. »

Les principaux personnages qui apparaissent tout au long de la vie de Personne sont tous plus ou moins des marginaux dans leur société, quelle que soit leur place : le directeur de la Compagnie royale du Sénégal, Jean-Gabriel Pelletan, un homme qui utilise sa fonction officielle pour limiter les effets tragiques de la société esclavagiste. Et qui partage secrètement sa vie avec Adal, « un homme singulier à la peau d’un noir profond ». Un petit chiot braque adopté par Personne, est appelé Hercule : les deux forment un curieux couple désaccordé et totalement complice.  L’hostilité grandit entre Pelletan et sa maisonnée, animaux compris, et le milieu esclavagiste local, une étrange aristocratie où règnent les signares, riches dames de sang mêlé. Afin d’épargner leurs vies, Personne et Hercule sont déposés dans la savane dont ils reviennent ; puis expédiés par bateau en France pour garnir la Ménagerie royale de Versailles. Voyage épouvantable, qui résonne comme un témoignage au scalpel de la traite des Noirs. Arrivés au Havre, Personne et Hercule sont confiés à Jean Dubois, mandaté par la Ménagerie du Roi pour les convoyer jusqu’à Versailles. Autre voyage pavé de menaces et de dangers au cours duquel cet attelage hors-norme d’un homme, d’un lion et d’un petit chien traverse un monde qui bascule.

On est en 1788, au moment où les métiers à tisser, symboles du « Progrès », première étape des « Temps modernes », transforment une ville « en un énorme essaim de métal qui bourdonne » ; au moment où une tempête exceptionnelle abat les arbres, brise les vitres, et jette à la rue une grande partie de la population. Tout au long des soubresauts de la Révolution, Personne et Hercule sont plus ou moins maltraités, deviennent des objets de curiosité plus ou moins malsaine. Et finissent par mourir, comme Dubois, comme Pelletan revenu en France. Le seul survivant sera Adal, le fidèle compagnon de Pelletan, revenu sous les crachats à Saint-Louis du Sénégal.

Dans ce livre,  les marginaux, humains et animaux, sont les révélateurs des blocages dus à l’ordre établi, des fractures dues au bouleversement. Leur marginalité est le « scanner » de cette période, où se mêlent le début de la colonisation, les prémisses de la révolution industrielle, le développement de la Révolution française, et sa confiscation par Bonaparte. L’histoire d’un lion nommé Personne, c’est celle des premiers pas de ce monde moderne dont nous sommes en train de vivre la mutation ou l’essoufflement.

« Histoire du lion Personne » est un roman. Mais aussi une leçon d’histoire dans ce qu’elle a de meilleure, mise en lumière vivante et mise en perspective historique. Et si bien écrite.

Stéphane Audeguy

Stéphane Audeguy

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Lire à Plourivo : prochain café littéraire, jeudi 15, à 18h, au Bar « Le Houellic » au bourg de Plourivo

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Le prochain café littéraire de nos amis « Lire à Plourivo » aura lieu jeudi 15 décembre  à 18h, au au Bar « Le Houellic » au bourg de Plourivo.

Avant vos coups de coeur, la première partie sera consacrée à l’Histoire :

Yannick KERVERN présentera son ouvrage sur l’histoire d’un conte de fées : les châteaux de lady Mond, Coat an Noz, Castel Mond – Belle-Isle-en-Terre et Castel Mond-Dinard.

Marylou CHAPPE et Pierre GUERIN nous présenterons la réédition du livre tiré de la thèse de François Chappé : » Paimpol, la République et la Mer (1880-1914), l’épopée islandaise« .

Deux idées de cadeaux pour Noël …

 

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Rencontre entre les élèves de l’école primaire de Pléhédel et une écrivaine

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Jeudi 17 novembre, nous avons rencontré Céline Lamour-Crochet.
Nous sommes allés à la bibliothèque de Pléhédel, où elle nous attendait. Céline est l’écrivaine du petit roman « Lilou et Louka » que nous avons lu en classe, et que nous avons aimé.

Elle nous a expliqué comment étaient fabriqués les livres. Tout d’abord, elle écrit ses idées, parfois juste des mots, dans un petit carnet, là où elle se trouve, pour ne pas les oublier. Elle a plein de petits carnets, remplis de mots.
Ensuite, elle imagine l’histoire, et elle se met devant son ordinateur pour commencer à l’écrire.
Quand l’histoire est finie, elle l’imprime et la corrige DIX fois.

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D’où viennent ses idées ?
1/ de ses enfants et de leurs aventures
2/ de ses voyages
3/ de ce qu’elle voit autour d’elle, à la télévision etc…
Pourquoi écrit-elle des livres ?
Avant, elle était pilote d’avion pour l’armée !
Et puis, elle a eu un fils qui avait une grave maladie, alors elle est restée davantage à la maison, et, pour s’occuper, elle s’est mise à écrire des histoires pour ses enfants.
Céline envoie son histoire terminée à un EDITEUR. Non, pas un, mais plusieurs, beaucoup d’éditeurs. Quand un éditeur est content de son histoire, il la fait illustrer par
un ILLUSTRATEUR. Quand les pages sont prêtes avec les dessins et le texte, il l’envoie à un IMPRIMEUR, qui fabrique les livres en beaucoup d’exemplaires. Céline nous a montré les feuilles géantes qui sortent de l’imprimerie avant d’être coupées, et
même le carton pour fabriquer la couverture.
Tous ces livres sont stockés dans un hangar, chez le DIFFUSEUR, qui s’occupera de les envoyer dans toutes les librairies intéressées. Les livres seront transportés par un CAMIONNEUR. Ensuite, ils seront vendus par le LIBRAIRE.
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Aujourd’hui, Céline a écrit près de 120 livres pour enfants ! Pourtant, elle nous a paru jeune !
Céline a même écrit un livre de calligrammes qu’elle nous a montré. C’est une histoire avec son chat. Nous l’avons trouvé très très bien. Et elle avait préparé tout le matériel pour que nous fassions chacun un calligramme avec un éléphant. C’était super.

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Merci à Françoise, notre bibliothécaire, d’avoir organisé cette rencontre !

PS : L’après-midi, la maîtresse nous a expliqué à quoi sert l’argent du prix d’un livre.
Comme nous l’a dit Céline, beaucoup de monde travaille avant que le livre n’arrive dans nos mains.
Si le livre (par exemple un album pour enfant) coûte 10 €,
– le libraire gagne 3,50 €.
Le reste va à l’éditeur, qui paye
– l’auteur : 0,50 € et l’illustrateur : 0,50 €.
– l’imprimeur : 1,70 €
– le distributeur : 1,30 €
– le camionneur : 0,50 €
– les impôts : 0,50 €
Il lui reste 1,50 € pour payer ses employés (ceux qui l’aident à choisir et
corriger les livres) et toucher un salaire.
Et si le livre ne se vend pas, c’est l’éditeur qui aura dépensé de l’argent et
‘en gagnera pas.
Voilà pourquoi c’est risqué d’être éditeur, et très difficile de gagner sa vie
en écrivant des livres.

Les CE1-CM1 de l’école Albert Camus

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Petit pays – Gaël Faye – Grasset (2016)

petit-pays-de-gael-faye« Petit pays » est l’un des succès de la rentrée littéraire 2016. Il a reçu le prix Fnac, celui du Premier roman et le prix Goncourt des Lycéens. Son auteur, le rappeur franco-burundais Gaël Faye, est considéré comme la grande découverte de cette même rentrée littéraire. J’ai donc abordé son livre avec curiosité et prudence.

Ce roman est largement autobiographique. Gabriel, enfant aux confins de l’adolescence, vit dans les quartiers résidentiels de la capitale du Burundi, Bujumbura, « (…) où il y a deux choses qui vont vite, la rumeur et la mode. », avec ses parents –  père français, mère rwandaise –  qui ne s’entendent plus et sa petite sœur Anna. Il va à l’école, il a des copains du quartier avec qui il occupe l’impasse où ils jouent, il a une jolie correspondante française aux cheveux blonds qui lui envoie des bisous. Cette chronique d’une enfance privilégiée entre tendresse et tension donne de jolies pages qui vont de l’émerveillement à la mélancolie, en passant par l’inquiétude dans ce petit pays traversé par des conflits latents entre Hutu et Tutsi, comme dans sson pays jumeau, le Rwanda. Se pose la question-piège de l’identité, difficile à définir pour ce métis. On évoque la démocratie, le culte du chef… Les discussions politiques s’intensifient. « Nous vivons sur le lieu de la Tragédie. L’Afrique a la forme d’un revolver (…). A ces heures pâles de la nuit, les hommes disparaissent. Il ne reste que le pays, qui se parle à lui-même. ». Malgré une rixe prémonitoire avec un voisin, l’anniversaire de ses onze ans est « un moment de bonheur suspendu où la musique accouplait nos cœurs, comblait le vide entre nous, célébrait l’existence ; l’instant, l’éternité de mes onze ans, ici, sous le ficus cathédrale de mon enfance, et je savais alors au plus profond de moi que la vie finirait par s’arranger. »

Cette enfance se fissure le 21 octobre 1993 quand il entend des coups de feu. La radio passe en boucle Le Crépuscule des dieux de Wagner, signe qu’un Coup d’Etat vient d’avoir lieu. Le joli récit d’une enfance favorisée et inconsciente s’effrite. A l’occasion d’une violente bagarre à cause de mangues volées, la colère remplace la peur. Il découvre la haine entre Hutu et Tutsi. Sa mère est Tutsi…. « La guerre sans qu’on lui demande se charge toujours de nous trouver un ennemi. Moi qui souhaitais rester neutre, je n’ai pas pu. J’étais né avec cette histoire. Elle coulait en moi. Je lui appartenais. ». Les événements s’emballent entrainant le massacre de près d’un million de Tutsis par les Hutus au Rwanda.

Sur ce massacre, l’un des génocides du XXème siècle dans lequel la France a joué un rôle très douteux, Petit pays ne cherche pas à donner une leçon politique. C’est l’effroi qui domine, celui de la mère de Gaby qui part au Rwanda pour rechercher sa famille et ne découvre que des cadavres découpés à la machette. Elle en devient folle. L’effroi de Gaby lui -même, enfant privilégié qui est amené à lancer un Zippo allumé sur une voiture arrosée d’essence avec un homme à l’intérieur dont il ne retrouve que la carte d’identité.

Vingt ans après, Gaby/ Gaël revient dans son pays. Rien n’a vraiment changé, sauf la prolifération des téléphones portables. Il récupère les livres de Madame Economopulos, sa voisine qui lui a donné le goût de la lecture. Pour croire que la littérature peut survivre à tout, guérir de tout ?  Dans son regard vu de l’exil français, il essaie d’y croire en affirmant dans les premières pages que « la poésie n’est pas de l’information. Pourtant, c’est la seule chose que l’être humain retiendra de son passage sur terre ». Pourtant, les dernières lignes suggèrent le contraire, dernières lignes d’une grande beauté, d’une cruelle douceur qui débouche sur le souvenir ou l’oubli, on ne sait …

De cette histoire d’un jeune garçon témoin d’un génocide, Gaël Faye n’en tire aucune affirmation de principe. Mais juste le témoignage d’une lourde mélancolie, d’une déréliction définitive… Oui, avec ce récit d’une enfance protégée qui devient naufragée, et ce regard d’adulte prisonnier de la tragédie de l’histoire, Petit pays mérite son succès !

Gaël Faye (photo Joël Saget)

Gaël Faye (photo Joël Saget)

 

 

 

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Anthracite – Cédric Gras – Stock (2016)

anthraciteDepuis 2014, une guerre se déroule dans le Donbass, région russophone à l’Est de l’Ukraine. Elle reste incompréhensible à quiconque n’a pas étudié l’histoire et la géographie de la région. Un roman peut-il aider à mieux comprendre ce qui s’y passe ?

Anthracite est l’histoire de deux amis d’enfance qui se retrouvent au milieu de cette guerre. L’un, Vladlen (à partir de Vladimir Lénine) est chef d’orchestre ukrainien. L’autre, Emile, (en hommage à Emile Zola) est originaire du Donbass, « pièce maîtresse de l’industrie communiste et du projet léniniste ». Il a dirigé une de ces mines d’anthracite, qui, du temps de l’URSS, était une richesse économique majeure (soixante pour cent du charbon soviétique) mais qui ne vaut plus grand-chose au moment où « le reste du monde en étaient aux éoliennes et aux panneaux solaires ».

Ils se retrouvent dans le chaos guerrier qui règne dans le Donbass et errent dans cette région à feu et à sang. Anthracite est le récit de cette cavale sans autre but que d’éviter une bombe venue du ciel ou une balle venue de la terre dans une guerre qui éclate en plein printemps. A la confusion de la situation politique et militaire, l’auteur répond par la confusion de cette aventure erratique, narrée avec un sens du burlesque plutôt vivifiant et un regard attendri sur les deux errants, Vladlen et Emile. Ils sont sympas et plutôt courageux, nos deux lascars, qui ne perdent pas le souvenir de leurs amours éloignées pour le moment. Ils savent que leur vie ne sera sauvée que par l’opportunisme de l’instant et la chance d’être épargnés par les balles perdues ou non, au hasard de check-points dont on ne sait jamais par qui ils sont tenus, dans ces contrées passées d’un camp à l’autre trois fois en quelques mois. Tout ceci, sous le tranchant des slogans se réclamant de Dieu des deux côtés.

Au passage, la description des restes de l’Union soviétique est impitoyable. Mais la mémoire de la fierté d’avoir été russe soviétique laisse un goût de nostalgie, « la mémoire attendrie de l’industrie nationale », alors que la corruption est totalement généralisée de tous côtés et que les morts s’accumulent. Mais qu’en est-il réellement des racines supposées. « Aussi loin que nous remontions dans nos arbres généalogiques, nous ne découvrions qu’une broussaille de branches russes et ukrainiennes, de brindilles moldaves, d’épines polonaises, biélorusses, arméniennes, grecques, d’aiguilles yiddish ou tartares… ». La disparition de l’URSS a vite détruit cette illusion d’unité possible. Et l’idée de démocratie est dénuée de tout idéalisme.  « La démocratie fraichement proclamée n’était jamais tant un choc des idées qu’une confrontation des bastions.» Chaque clan s’agrippe à ses rancœurs historiques et réinvente l’Histoire à sa façon. « Nulle magie à ce que les gens se lèvent comme un seul homme à l’évocation d’une nouvelle menace fasciste, fût-elle chimérique ! Je savais toute cette barbarie et ses séquelles. Je savais mais j’étais las. »
La fin du livre est étrangement douce : chacun à sa façon a pu fuir la guerre. Mais «les souvenirs s’acharnent ».

Avec Anthracite, Cédric Gras a écrit un roman qui plonge le lecteur dans une actualité brutale souvent incompréhensible à nos yeux d’Occidentaux. Il donne quelques clés pour essayer de comprendre les enjeux et les raisons de ce conflit qui semble être une résurgence inattendue de la Guerre froide. Il a aussi raconté une histoire d’hommes comme tout à chacun, plus ou moins candides avec une bonne dose de roublardise, qualité indispensable pour survivre alors qu’ils peuvent mourir à tout moment, sans être dans un camp, par hasard.

En refermant Anthracite, j’ai eu besoin de relire le poème de Prévert, « Rappelle-toi Barbara » :
« Quelle connerie la guerre
Qu’es-tu devenue maintenant
Sous cette pluie de fer
De feu d’acier de sang
Et celui qui te serrait dans ses bras
Amoureusement
Est-il mort disparu ou bien encore vivant. »

Cédric Gras (photo Le Progrès)

Cédric Gras (photo Le Progrès)

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Café littéraire « Lire à Plourivo » : aujourd’hui à 18h – Bar des 2 Rivières – Penhoat

logolapAujourd’hui à 18 h, ‘Café littéraire » de nos amis de LIRE à PLOURIVO, au « Bar des Deux Rivières » à PENHOAT.

Avec Jean-Paul Le BUHAN pour ses différents ouvrages et notamment son recueil de poèmes « Romances contemporaines ».

Et les coups de cœur  de chacune et de chacun

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S’enfuir, récit d’un otage – Guy Delisle – Dargaud (2016)

senfuirEn quatre-cents trente pages de bande dessinée. Guy Delisle raconte l’enlèvement, la détention et l’évasion d’un homme travaillant pour une ONG humanitaire dans le Caucase en 1975, tels que lui a raconté l’otage lui-même, Christophe André. Le tout en vignettes minimalistes virant du gris clair au gris foncé. Dans une sorte d’apnée, je l’ai lu d’une seule traite en trois heures, happé en m’en tordre l’estomac, par le graphisme, le découpage, les angles de vue, la narration, les réflexions de l’otage, tout ce qui fait l’art et la manière de la BD, utilisé de façon terriblement efficace, enveloppant le lecteur dans cette longue et terrible attente d’une libération qui ne vient pas.
Avec tous les détails d’une vie quotidienne mortelle d’ennui et de souffrance physique et psychique, avec les scénarios que l’otage se forge, dans un univers dont il ne peut rien savoir mais qu’il cherche à déchiffrer, avec le désespoir qui succède à l’incrédulité, avec la terreur du gouffre de l’oubli qui alterne avec l’espoir d’une action déjà menée pour sa libération…

Livre d’une puissance tellurique car écrit, découpé et dessiné avec un total dénuement, miroir de la vie de l’otage, avec des vignettes aux multiples cadrages pour dégager l’immobilité, la répétition, l’attente, la solitude… et aussi tout ce dont l’otage essaie de se souvenir pour ne pas s’effondrer totalement.

A déconseiller à celles et ceux qui, dans la lecture, cherchent avant tout du réconfort ou de l’évasion. Personne n’est obligé de s’approcher de l’abîme… Pour les autres, une expérience émotionnelle hors du commun. Et une preuve supplémentaire de la plasticité de la BD pour évoquer toute expérience humaine. Qui en douterait encore ?

Guy Delisle

Guy Delisle

 

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