Arnaldur Indridason (1) : sa vie, son œuvre

(Cet article est la première partie de l’exposé de Françoise Ledoux sur l’écrivain islandais Arnaldur Indridason, le samedi 5 mars 2016, lors du 7ème festival du livre de Plourivo, consacré à l’Islande)

Arnaldur Indridason

Arnaldur Indridason

Arnaldur Indridason est un écrivain islandais contemporain. Il est le créateur du polar islandais, dans la lignée des polars scandinaves. Depuis la parution de ses premiers romans au début des années 2000, il a acquis une notoriété internationale. Ses romans ont été traduits dans 37 pays.

Il est né le 28 janvier 1961 à Reykjavik. Il est le fils de Indridi Thorsteinsson, lui-même écrivain. Né en 1926 au nord de l’Islande au bord du Skagafjördur, Indridi Thorsteinsson était issu d’une famille pauvre de paysans vivant dans une maison construite en briques de tourbe. A la faveur du grand exode rural de l’après-guerre, la famille est venue s’installer à Reykjavik. Arnaldur a grandi dans un appartement d’un immeuble neuf construit dans la banlieue de Reykjavik en pleine expansion.

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Paysage rural islandais avec maisons de tourbe (Photo Françoise Ledoux)

Dans ses romans, Arnaldur Indridason fait souvent référence à ses origines rurales, à cet exode rural et à tous les changements consécutifs qui ont profondément bouleversé la société islandaise. Il dit avoir été  marqué et avoir beaucoup appris des livres écrits par son père auquel il fait parfois  allusion. Un des personnages du Livre du Roi emporte un ouvrage de Indridi Thorsteinsson dans ses bagages.

Arnaldur Indridason a fait des études d’histoire à l’université d’Islande et a obtenu un diplôme en 1996. Il a travaillé comme journaliste au Morgunbladid à Reykjavik, puis a été critique de cinéma dans ce même journal.

Reykjavik (photo Françoise Ledoux)

Reykjavik (photo Françoise Ledoux)

En 1997, il publie son premier roman  Synir duftsins (fils de poussière), et le deuxième, Daudarosir, l’année suivante. Ces deux romans ne sont, à ce jour, pas encore traduits en français.

En 1999, il publie Opération Napoléon qui ne paraîtra en France qu’en 2015.
Il poursuit sa carrière d’écrivain en publiant un roman pratiquement chaque année.
Arnaldur Indridason inaugure ainsi l’émergence d’une nouvelle vague dans la littérature islandaise : le roman policier. En effet, jusqu’alors, il n’existe pas de tradition de polar en Islande contrairement aux pays scandinaves. Cela pour deux raisons :
– les Islandais, en particulier les écrivains, considéraient les policiers comme de mauvais romans ; et beaucoup d’Islandais ont longtemps cru en une sorte d’innocence de leur société. Très peu de choses répréhensibles se produisaient et le peu de faits divers ne pouvaient donner lieu à des histoires policières.
– le faible niveau de la criminalité était lié à  l’isolement : île battue par le blizzard, secouée par les éruptions volcaniques, plongée la moitié de l’année dans la pénombre hivernale aux confins du cercle polaire arctique. Il y avait certes des problèmes ponctuels de violences du fait de conditions de vie difficiles (alcoolisme, violences conjugales, secrets de familles, rivalités) comme partout ailleurs, mais rien de comparable à ce qu’il se passe depuis une période récente, c’est-à-dire depuis la guerre 1939-1945.

Arnaldur Indridason  fait référence à cet état de fait dans ses romans.

La guerre a fait venir sur le sol islandais des étrangers. Même si l’Islande a été sous domination de la couronne danoise jusqu’en 1944, elle n’était pas occupée au sens strict du terme. La domination était économique. L’interdiction de faire du commerce privait les islandais de leurs richesses  confisquées par les commerçants danois.

Craignant l’invasion de l’Islande par les armées allemandes, les Britanniques ont envoyé des contingents sur le sol islandais en 1940, relayés par la suite par les Américains. 25 000 hommes se sont alors installés avec toutes les infrastructures nécessaires. L’Islande n’avait alors que 120 000 habitants ! Les soldats britanniques, puis américains, ont apporté avec eux tout un lot de problématiques jusqu’alors inconnues : la drogue, la prostitution, le racket, les règlements de compte, les trafics en tous genres.

Comme le dit la commissaire Marion Briem (dans Le Duel situé en 1972) : « Tout ce qui est moche vient de l’étranger » (page 76). Elle dit aussi que sa dernière enquête était le premier meurtre commis en Islande depuis les quatre dernières années.

Dans sa jeunesse, Arnaldur Indridason a beaucoup lu, des sagas islandaises bien sûr, des auteurs islandais mais aussi des écrivains étrangers et notamment le couple de romanciers suédois : Maj Sjöwall et Per Wahlöö et leurs enquêtes de Martin Beck. Il avait apprécié leur façon d’approcher les questions sociales à travers leurs romans. Il s’en est inspiré dans la construction de ses propres romans.

 

 

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Une réponse à Arnaldur Indridason (1) : sa vie, son œuvre

  1. Ulliac Brigitte ( Lire à Plourivo) dit :

    Bonjour Françoise,
    Tu m’as donné envie de faire connaissance avec cet auteur et son pays. Je viens de lire « Le duel » et suis ravie d’y découvrir ce pays, un aperçu de son histoire, ses problématiques… J’ai pris le virus et suis allée hier en chercher un autre à la bibliothèque.
    Merci pour ton article qui me fait poursuivre ce voyage.

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