Arnaldur Indridason (3) : l’histoire de l’Islande vue à travers ses romans

(Cet article est la troisième partie de l’exposé de Françoise Ledoux sur l’écrivain islandais Arnaldur Indridason, le samedi 5 mars 2016, lors du 7ème festival du livre de Plourivo, consacré à l’Islande)

Les conditions de vie dans l’avant-guerre

Dans Le Duel, Indridason relate l’enfance de son héroïne, Marion Briem, et la terrible épidémie de tuberculose qui touchait la population avant l’apparition des antibiotiques.

La guerre 1939-1945

Dans La femme en vert, Indridason évoque l’arrivée massive de population aux abords de la ville de Reykjavik du fait de l’exode rural et les difficultés de logement et d’alimentation consécutives dans un contexte de grande précarité. L’arrivée des soldats britanniques apportant avec eux de multiples denrées a amené certains à se livrer à des trafics, d’où l’émergence d’une nouvelle forme de criminalité. Avec l’arrivée puis l’installation de l’armée américaine suite au départ des Anglais, ce phénomène s’est amplifié.

La place de l’Islande au niveau international. La problématique Est/Ouest pendant la guerre froide

Lacs (photo Françoise Ledoux)

Lacs
(photo Françoise Ledoux)

Auparavant petite île isolée au nord de l’océan atlantique, inconnue et ignorée de presque tout le reste de l’humanité, l’Islande s’est vue propulsée à une place centrale entre l’Est et l’Ouest et a fait l’objet de toutes sortes de convoitises.

Dans L’homme du lac, Indridason met en scène les étudiants islandais des années 1950, qui, animés par leurs idéaux politiques, ont répondu aux propositions de la R.D.A de poursuivre leurs études dans les universités de ce pays. En fait, l’objectif était de recruter de potentiels espions qui, une fois retournés dans leur pays, apporteraient au bloc de l’Est des informations sur les implantations américaines en Islande.

La question de l’arme atomique et de menaces inhérentes a été centrale. De nombreux Islandais se sont opposés à ce que leur pays serve de « base atomique ». Halldor Laxness, qui obtiendra le prix Nobel de littérature en 1955, a reçu le prix international de la Paix en 1952 pour ses écrits dénonçant l’arme atomique.

Bobby Fisher & Boris Spassky - 1972 - Reykyavik

Bobby Fisher & Boris Spassky – 1972 – Reykyavik

Dans Le Duel , le contexte du roman est le championnat du monde d’Echecs qui eut lieu en 1972 à Reykjavik et opposa l’Américain Bobby Fisher au Russe Boris Spassky. Au-delà de la compétition d’Echec, c’est le duel entre l’Est et l’Ouest dont il s’agit. Les espions des deux bords s’épient. Le gouvernement islandais met sur écoute téléphonique les Islandais hostiles à la présence américaine à la base de Kevlavik.

Soldats américains sur la base de l'OTAN à Kevlavik, en 1951

Soldats américains sur la base de l’OTAN à Kevlavik, en 1951

Les conflits avec les Britanniques au sujet des zones de pêche sont également évoqués, ainsi que la nécessité pour le gouvernement islandais de conserver le soutien des U.S.A. Les Américains peuvent aider les Islandais face au gouvernement britannique. Les Islandais ont donc intérêt à permettre aux Américains de conserver leur base à Kevlavik.

L’importance de cette base est mise en lumière dans Le Lagon noir, dernier roman d’Indridason paru en France en mars 2016. En effet, la présence américaine a entraîné de profondes modifications dans le mode de vie des Islandais, certaines sont d’ailleurs dénoncées par Indridason. Cependant, de nombreux Islandais ont trouvé des emplois sur cette base et cela leur a permis d’améliorer considérablement leur niveau de vie.

La généalogie et la génétique

Cette problématique est évoquée dans La cité des Jarres, où il est question de maladies génétiquement transmissibles. La société islandaise est génétiquement homogène et les lignées familiales sont facilement identifiables grâce à un recueil de l’état civil soigneusement tenu. La population islandaise est ainsi un terrain d’études très attrayant. Une société œuvrant dans le domaine de la biotechnologie, DeCODE Genetics, a, avec l’appui de laboratoires pharmaceutiques, persuadé le gouvernement islandais de lui louer sur une période de 12 ans l’accès aux données génétiques de la population islandaise. Ce contrat a cependant été rompu en 2003.

L’immigration

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Le port de Reykjavik (photo Françoise Ledoux)

Le roman Hiver arctique, a pour trame le meurtre d’un jeune garçon d’origine thaïlandaise, trouvé au bas de son immeuble , dans les quartiers défavorisés de Reykjavik, où logent de nombreuses familles immigrées. C’est l’occasion pour Indridason de parler de l’arrivée depuis quelques années de personnes issues d’autres cultures et de leur intégration dans la société islandaise. Jusqu’à récemment ces personnes venaient principalement d’Asie : Thaïlande, Philippines, Viet Nam.
Ce roman parle aussi des difficultés de l’adolescence en général, pour tous les enfants quelque soiet l’origine de leurs familles.

Les « nouveaux Vikings » et le crack boursier de 2008.

Banque centrale d'Islande

Banque centrale d’Islande

C’est le sujet du roman, La muraille de lave, écrit en 2009. A partir des années 2000, certains banquiers islandais se sont lancés dans la dérive inflationniste et ont entraîné de nombreux Islandais, appelés « les nouveaux vikings » à faire des emprunts inconsidéréspour acquérir des biens matériels sophistiqués et un niveau de vie jusqu’alors inconnu en Islande. La bulle a crevé ruinant un grand nombre de familles.

La muraille de lave (photo : Françoise Ledoux)

La muraille de lave
(photo : Françoise Ledoux)

 

Le roman tire son titre du nom donné à la banque centrale islandaise dont l’architecture évoque des colonnes basaltiques. Par ailleurs, une falaise constituée de colonnes basaltiques située à l’extrémité ouest de la péninsule Snaefellnes porte également ce nom. C’est là qu’a lieu un meurtre dont il est question dans le roman.

La fabrication d’aluminium et la construction d’un colossal barrage dans la région Est.

Mer, sternes et nuages (Photo Françoise Ledoux)

Mer, sternes et nuages (Photo Françoise Ledoux)

Cette question apparaît dans le roman Etranges rivages. Là, Indridason y va carrément dans sa dénonciation de l’entreprise. Il écrit (page 19) que «  le gouvernement islandais a vendu les paisibles fjords et le désert vierge des montagnes islandaises à une compagnie américaine sans scrupules qui va cracher son poison sur tout le pays ».
Effectivement, le barrage de Karahnjukar est gigantesque. On assiste à un ballet incessant de camions sur la terre et de bateaux sur la mer. La force colossale des rivières qui dévalent les pentes des glaciers permet de produire l’électricité nécessaire à la production d’aluminium. Mais au profit de qui ? s’interroge Erlendur.

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