Arnaldur Indridason (4) : la littérature islandaise

(Cet article est la quatrième et dernière partie de l’exposé de Françoise Ledoux sur l’écrivain islandais Arnaldur Indridason, le samedi 5 mars 2016, lors du 7ème festival du livre de Plourivo, consacré à l’Islande)

Halldor Kilja Laxness - Prix Nobel de littérature  1955

Halldor Kilja Laxness – Prix Nobel de littérature 1955

Dans chacun de ses romans, Indridason fait référence à la littérature islandaise. Il nomme certains écrivains :

– Jonas Hallgrimsson, poète du 19ème siècle
– Jon Arnasson, collecteur des contes traditionnels islandais
– Steinn Steinar, poète
– et surtout Halldor Laxness, prix Nobel de littérature en 1955.

Dans la plupart des maisons qu’Erlendur visite lors de ses enquêtes, il y a des bibliothèques. Le grand intérêt que les Islandais portent aux livres et à la lecture est souligné.

La langue islandaise est particulière dans la mesure où elle provient du norrois, langue parlée au Moyen-Âge et elle a peu évolué depuis. Indridason évoque sa crainte que cette langue difficile ne disparaisse à terme à cause de l’utilisation exponentielle de l’anglais par les jeunes en particulier. Erlendur reproche sans cesse à sa fille son emploi d’expressions anglaises.

Champs clos islandais (photo Françoise Ledoux)

Champs clos islandais
(photo Françoise Ledoux)

LE LIVRE DU ROI

Extrait du Livre du Roi

Extrait du manuscrit du « Livre du Roi »

Indridason a écrit ce  roman à la mémoire de son père, Indridi Thorsteinsson, en 2006, etl a été traduit et est paru en France en 2013. En en-tête, on trouve quelques vers du  Chant d’Atli, extrait d’un recueil de poèmes faisant partie du  Codex Regius  (Le livre du Roi) écrit au Moyen-Âge.

Contrairement aux autres romans d’Indridason, qui sont faciles à lire, Le Livre du Roi est difficile  pour un lecteur français car il comporte de nombreuses références à l’histoire de l’Islande, à des personnalités politiques, des écrivains islandais. On se perd dans tous ces noms islandais. Il faut s’accrocher, prendre des notes, piocher sur Internet des informations et cela finit par prendre sens.

Ce roman commence comme un polar. On est en 1863 dans un cimetière islandais au fond d’un fjord isolé et un personnage oblige un pauvre paysan à creuser à l’emplacement d’une tombe pour en extraire un cercueil et l’ouvrir. Ensuite, plus personne ne rencontrera ce paysan… il a dû se perdre dans le blizzard….
Cependant ce roman n’est pas du tout un polar. C’est plutôt une sorte de roman d’aventure, une course poursuite.

En 1955, un jeune étudiant en littérature islandaise arrive à Copenhague pour suivre l’enseignement d’un vieux professeur excentrique. Mais très vite, il se trouve obligé à aider ce professeur à retrouver un vieux manuscrit du Moyen Age qui a été perdu. Ce qui l’entraîne dans une aventure rocambolesque qui prend sa source dans le Danemark occupé par les nazis, puis se poursuit en R.D.A.

Le professeur fait un peu penser aux héros tels qu’ils sont décrits dans les sagas islandaises. Ces héros doivent accepter ce que le destin a choisi pour eux, en prenant sur eux, sans révolte ni déploration et assumer ce destin contre vents et marées.

Extrait du manuscrit du "Livre du Roi"

Extrait du manuscrit du « Livre du Roi »

En fait, ce roman est construit pour mettre en valeur la littérature islandaise et en particulier des sagas islandaises du Moyen Age qui sont considérées comme une sorte d’ « Acropole » de la mythologie et de la poésie nordique ancienne. À ce titre, il y a une grande convoitise autour des manuscrits des sagas. Ils ont été confisqués par le gouvernement danois et une certaine partie a disparu lors de l’incendie de Copenhague en 1728. Quelques uns ont été cependant pu être conservés.

Plus tard, dans leur culte de la suprématie de leur culture, les nazis ont voulu s’approprier les sagas, représentatives selon eux de l’épopée médiévale allemande.

Mais le professeur veut absolument que les manuscrits retournent en Islande d’où ils n’auraient jamais dû partir. Il y réussira d’une certaine façon. C’est le jeune étudiant qui rapportera le manuscrit retrouvé en Islande. Sur le bateau qui l’y ramène, il rencontre Halldor Laxness qui revient d’Oslo où il a reçu le prix Nobel de littérature. Ce dernier est accueilli à Reykjavik en triomphe par la foule en liesse.
Dans la réalité, le Danemark ne rendra à l’Islande, les manuscrits conservés à la bibliothèque de Copenhague qu’en 1971. L’Islande était poutant devenue indépendante en 1944, vingt sept années plus tôt.
Les manuscrits sont désormais à l’institut Arni Magnusson à Reykjavik et font l’objet de soins de conservation très attentifs.

Extrait du Livre du Roi

Extrait du manuscrit du « Livre du Roi »

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