Au revoir là-haut – Pierre Lemaitre (Albin Michel)

Au revoir là hautUn chef d’œuvre ? Oui bien sûr et l’académie Goncourt a fort bien fait de lui attribué le prix pour 2013. Car cette histoire est narrée sans trembler, d’une main sûre, avec une écriture extrêmement vivante, légèrement en surplomb du récit. En assumant pleinement l’artifice du roman, Pierre Lemaitre, connu jusqu’à présent comme auteur de polars, m’a emmené où il voulait et je l’ai suivi sans hésitation ni lassitude, y compris dans certains coins carrément rocambolesques, traversant le mur de l’invraisemblable. Quelle plaisir de suivre un tel récit jusqu’à l’épilogue, un jour de 14 juillet pas comme les autres.

Tout commence dans les tranchées, quelques jours avant l’Armistice. Les soldats savent qu’elle est imminente. Il s’agit de ne pas être le dernier soldat tué de la guerre. Mais les combats continuent. Lors d’un assaut, deux soldats, Albert Maillard et Edouard Péricourt, échappent de très peu à la mort à laquelle les promettait un officier français, Henri Pradelle. Le livre est le récit halluciné de leur survie, de leur disparition et de leur vengeance. C’est l’histoire d’une amitié indéfectible rapportée du fond de l’horreur mais qui reste extraordinairement difficile à vivre. C’est l’histoire de l’immédiat après-guerre où, dans une France endeuillée en complète désorganisation, certains en profitent pour s’enrichir à bon compte par des malversations qui dérapent. C’est une description, sur le mode ironique, des petites combines et des grandes trahisons d’une bourgeoisie qui continue à régner politiquement et économiquement sur un pays à bout de souffle. C’est l’histoire des « petites gens » qui tentent de revivre et de quelques obscurs fonctionnaires qui n’acceptent pas le manquement aux règles républicaines…

Tout ceci est incarné par des personnages dignes des grands romans du XIXème siècle. Albert, homme peureux mais condamné à l’héroïsme. Edouard défiguré et grandiose. Henri, quasi diabolique, le père d’Edouard, puissant bourgeois qui ne comprend pas son fils, trop différent. Madeleine, qui tente de sortir d’une situation étouffante. Et parmi tous les autres, ce très énigmatique Joseph Merlin, aussi détesté que tout à fait honnête…

Pierre Lemaitre donne un livre bouillonnant, généreux, au rythme haletant, ne tombant jamais dans la grandiloquence, mais faisant une large place à l’humour, au contrepied. Et aussi, en filigrane, un bel hommage à l’art qui permet de retrouver goût à la vie. Enfin… presque !

 

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