Bienvenue à Calais – Marie-Françoise Colombani & Damien Roudeau (Actes Sud- février 2016)

Bienvenue à CalaisIl s’agit d’un tout petit livre, d’une soixantaine de pages, qui se glisse facilement dans la poche. Sur la couverture, des dessins, le titre, Bienvenue à Calais, crayonné en rouge. En dessous, Les raisons de la colère.  Calais n’est malheureusement plus connue pour l’un des chefs d’œuvre d’Auguste Rodin, Les Bourgeois de Calais, Nous savons tous que, si Calais revient si souvent dans l’actualité, c’est à cause du piège que cette ville est devenue pour les migrants qui veulent rejoindre la Grande Bretagne et qui, n’y parvenant pas, sont regroupés depuis longtemps dans des camps qui méritent maintenant le nom de jungles. Nous en avons tous entendu parler, avons tous vu des reportages télévisés ou lu des articles dans les journaux et magazines à ce sujet.

Pourquoi ce petit livre est-il alors indispensable ? Que peut-il apporter de plus ?
D’abord pour le rappel d’une évidence : « L’argument récurrent qui consiste à dire qu’accueillir des migrants ou de réfugiés de guerre dans un lieu de vie digne de ce nom entraînerait un appel d’air est irrecevable. Pourquoi ? Parce qu’ils sont là ! » Et pour le cri d’effroi et de révolte qui anime la plume de Marie-Françoise Colombani. La  plume précise, directe, acérée de l’auteure dépasse les commentaires entendus trop souvent. Les brefs récits évoquant les odyssées des un-e-s et des autres, leurs conditions de vie ne révèlent rien de fondamentalement nouveau. C’est leur concision qui fait leur force, en se débarrassant de la gangue habituelle d’apitoiements. Les dessins et aquarelles de Damien Roudeau ont une qualité descriptive, symbolique et artistique qui les rend plus éloquents que n’importe quel reportage télévisé.

Ce petit livret, Bienvenue à Calais, illustre la façon dont l’écrit et le dessin, réalisés avec talent, sont au moins aussi impressionnants et émouvants que les images animées habituellement diffusées. L’écrit donne un supplément d’une réflexion qui lui est propre, en dépassant le seul réflexe émotionnel de l’image mobile. Et ce qui me semble le plus important, c’est l’OBJET lui-même qui s’appelle le livre, toujours disponible, qui nous retient dans cette course à l’info superflue et aux émotions immédiates. Car l’écriture reste, les dessins aussi, le livre s’ouvre, se referme, il peut se rouvrir, il s’ouvre lui-même seul, toujours à portée de main, des yeux, du cœur, du cerveau…

D’autant que ce petit livre est un joyau de l’édition, qui peut se lire page à page ou en survolant, suivant ou non le texte ou les croquis, pour toujours retrouver ces témoignages qui invitent à ne pas abandonner ces désespérés. Et qui rend lisible et visible toute leur humanité, toute leur détresse, tous leurs espoirs ruinés, toute leur incompréhension ou, pire encore, leur prise de conscience quand ils comprennent le piège qui se referme sur eux, qu’ils expriment dans leurs récits parfois résumés en une phrase ou deux, claquantes. Et de quelques coups de crayon ou de pinceau, fulgurants !

Marie Françoise Colombani

Marie Françoise Colombani

Damien Roudeau

Damien Roudeau

 

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