Bohemian Flats – Mary Relindes Ellis (Belfond)

Bohemian flats[ Ce livre fait partie des récentes acquisitions du mois de juin 2014 ]

Bohemian Flats, c’est ainsi qu’on appelait les petites baraques en bois où se regroupaient les migrants venus d’Europe centrale et orientale quand ils arrivaient à Minneapolis, sur les rives du Mississipi en plein Midwest des États-Unis. Cela se passait à la fin du XIXème siècle où l’émigration européenne vers l’Amérique battait son plein.

En traversant trois générations de familles originaires d’Allemagne orientale, le roman de Mary Relindes Ellis prend le ton d’une saga familiale. L’Allemagne d’alors est décrite comme rude, intolérante et soumise au patriarcat le plus absolu. Deux frères, Albert et Raimund Kaufmann, veulent échapper à leur père, ténébreux exemple de ce genre de patriarche absolu, producteur d’une bonne bière. Ils  quittent leur pays pour aller respirer la liberté d’un pays neuf comme les États-Unis. Ils s’installent dans les Bohemian Flats, retrouvant d’autres Européens venant de cette Europe nordique allant de l’Irlande à la Russie. La vie y est encore rude, mais l’avenir semble prometteur pour celles et ceux qui ne rechignent pas à la tâche. Le rêve américain fonctionne peu ou prou, même sous le poids d’une administration totalement contrôlée par les patrons des usines où viennent s’enrôler du jour au lendemain les nouveaux arrivants. Leur identité ethnique se dilue dans la culture anglo-saxonne dominante. L’avenir existe dans les Bohemian Flats, même et surtout s’il faut finir par les quitter.

La description de cette subtile intégration au travers des membres de la famille Kaufmann est le point fort de ce livre. Les Bohemian Flats sont le lieu bariolé, contradictoire et formidablement vivant de l’édification de cette Amérique venue de la détresse d’une Europe enchainée par son passé et ses divisions.

C’est cette Europe qui va faire un retour fracassant en 1914, lorsqu’éclate la guerre, sous le jeu infernal d’alliances de bric et de broc. Cela a forcément des effets sur la population des Bohemian Flats dont la relative harmonie se dissous sous le poids des identités nationales. Certains repartent en Europe pour combattre. Des membres de la famille Kaufmann vont y retrouver un destin familial destructeur. Cela donne une fin de roman grandguignolesque sur fond de vengeance, ce qui n’est pas la meilleure part du livre. En revanche, les personnages principaux sont attachants et bien incarnés. Et aussi et surtout, l’évocation de cette Mitteleuropa émigrée est très intéressante et finement évoquée.

Mary Relindes Ellis

Mary Relindes Ellis

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