On the Brinks (Seuil) & Poussière tu seras (Fayard) – Sam Millar

On-the-brinksAprès notre visite au salon du polar à Lamballe le samedi 16 novembre et notre rencontre avec l’auteur Irlandais Sam Millar (qui m’a personnellement beaucoup impressionnée),  j’ai lu deux de ses ouvrages :
On the Brinks (Seuil) : récit autobiographique
Poussière tu seras (Fayard) : polar noir, très noir, faisant partie de la sélection 2013 pour le prix du meilleur polar des lecteurs des éditions POINTS.

Sam Millar est né à Belfast en 1958, il a grandi dans un des quartiers catholiques de cette ville.
Pendant des siècles, l’Irlande a été une colonie de l’empire britannique. Pour l’asseoir, les gouvernements britanniques successifs ont envoyé des populations pauvres de religion protestante (majoritairement des Écossais) s’y installer, et ce plus particulièrement dans le nord de l’île autour de Belfast, ville industrielle (où a été construit le Titanic).
Depuis 1921 et la partition de l’Irlande (6 comtés de la province de l’Ulster restant sous domination du royaume britannique, et les autres provinces formant un état républicain indépendant), la situation des irlandais catholiques d’Irlande du nord n’a cessé de se dégrader et un véritable système d’apartheid était instauré : aux populations protestantes, les emplois, les logements, les possibilités d’être représentées dans les administrations, etc, aux populations catholiques, le chômage, les taudis, les répressions de toutes sortes.
En 1969 a émergé au sein de la communauté catholique le mouvement pour la revendication des droits civiques, dont les actions étaient fort mal tolérées par les autorités et faisaient naître de grandes inquiétudes au sein de la communauté protestante.

En 1972, Sam Millar, âgé de 14 ans, accompagne le dimanche 30 janvier son frère aîné à la marche pacifique pour les droits civiques organisée dans la ville de Londonderry. Mais l’armée britannique a envoyé ses parachutistes et l’ordre leur est donné de tirer dans la foule : bilan 13 morts dont de nombreux adolescents et des dizaines de blessés. La vie de Sam Millar vient de basculer dans une horreur indicible. C’est cette horreur là qu’il parvient, lui qui l’a vécue, à mettre en mots dans son livre « On the Brinks« .
Sam Millar devient militant de l’I.R.A, il a juste 17 ans quand il est arrêté et emprisonné à la prison de Long Kesh à Belfast. Là, il revendique le statut de prisonnier politique et son refus de porter l’uniforme des prisonniers de droit commun l’amène à se joindre  au mouvement des « Blanket Men ». Ces hommes déterminés à faire reconnaître l’injustice de l’aparthaid nord-irlandais ont vécu nus, sous des couvertures immondes, dans des conditions d’hygiène effroyables, confrontés quotidiennement ou presque à la violence extrêmement cruelle et sadique des matons .Sam Millard a tenu 4 ans !!!! C’est son combat pour tenir qu’il raconte. Il y met même souvent des touches d’humour.
Souvent interviewé avec cette question : comment a-t-il fait pour tenir? Quel courage ! Il répond : « Je suis juste têtu. »
Après 8 années passées à Long Kesh, Sam Millar sera finalement libéré et il partira clandestinement à New York.
Une autre « aventure » l’y attend, c’est la deuxième partie de son récit. Rocambolesque mais terrible aussi.

La lecture du récit de Sam Millar est bouleversante, certains passages ont même été pour moi insoutenables. J’avais envie de sauter des pages tellement c’est horrible ! Rien qu’à lire ce que quelqu’un a vécu. Alors celui qui l’a vécu, lui , dans sa chair, dans son être ? Comment c’est possible ?????
On ne peut que se sentir bien humble devant un tel témoignage de ce que quelqu’un a vécu juste parce qu’il est « têtu ».

Poussière tu serasLe polar « Poussière tu seras« , est , du moins je l’ai trouvé, un très très bon polar. Très bien écrit (et traduit par Patrick Raynal, lui même auteur de polars)
On se laisse prendre dans l’intrigue , c’est glauque, noir , brumeux, il y a des corbeaux, des vrais bien noirs… Des personnages bien amochés, bien humains, bien détruits par la folie des hommes.
Contrairement à « On the Brincks » on est là dans de la fiction .
Mais à travers l’écriture , les mots employés,les références, on perçoit que celui qui a écrit cela a un certain « vécu » de la noirceur.

Bonne lecture à ceux et celles qui auront envie de lire ces deux ouvrages.

Françoise Ledoux

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