Chasseur de noirs – Daniel Vaxelaire ( 1982 )

C’est un homme de vingt-cinq ans qui écrit. Il s’appelle Guillaume Brancher. Il est en prison, il sait qu’il va mourir.

Pourtant, la vie lui semblait ouverte à toutes les promesses, en ce début du XVIIIème siècle sur l’île Bourbon (maintenant île de la Réunion). L’arrivée de colons français sur cette île sans présence humaine, était encore récente : sa grand-mère Anne en faisait partie. Bretonne, elle avait préféré quitter son pays qui ne nourrissait guère pour aller avec Bertrand, son tout récent époux, tenter sa chance plus qu’incertaine sur un ailleurs dont elle ne savait rien.  Après quatre années d’aventures maritimes et insulaires, elle arrive, déjà veuve, sur cette île qui venait à peine d’être découverte : elle fait partie des cinquante premières personnes qui s’établissent sur cet éperon rocheux dont les versants se précipitent dans la mer. Avec son deuxième mari, Jean-Baptiste, elle défriche un bout de terrain, y cultive quelques cultures vivrières et élève quelques animaux pour sa survie. La traite des esclaves existait déjà, venant d’Afrique, de Madagascar et d’Inde. « Jean-Baptiste acheta son premier esclave d’Afrique, avec le produit de légumes et de volailles, vendus aux bateaux de passage. »

Près de cinquante ans après, son petit-fils Guillaume partage avec ses frères et cousins une propriété familiale sur laquelle il y a rapidement quatre esclaves. Régulièrement, les bateaux arrivent avec, sur le pont, des esclaves venant de Madagascar, d’Afrique, d’Inde parfois ; et en soute, du bois précieux, du café, du grain. L’esclavage prend de l’ampleur. « Pourquoi celui qui en a vingt en veut-il trente ? Notre avidité nous perdra tous. » Certains d’entre eux arrivent à fuir et s’installent dans les « Hauts » difficilement accessibles. On les appelle les « Marrons ». L’ensemble de la population blanche veut éradiquer ce phénomène. Il est donc indispensable de prendre en chasse les « Marrons », pour les ramener à leur état d’esclave ou les tuer.

Guillaume, excellent tireur, très bon connaisseur du relief des « Hauts », devient un des meilleurs « chasseurs de noirs » de l’île. Il exerce cette fonction avec talent et réussite et la pratique d’autant plus que sa vie conjugale avec Geneviève, fille de propriétaire voisin, s’avère catastrophique. Jusqu’au jour où il ne lui est plus possible de chasser les noirs car il reconnait le regard humain de l’un d’entre eux. Ses pairs le condamnent à mort.

Dans ce livre, Daniel Vaxelaire, journaliste et écrivain réunionnais, utilise une écriture très narrative, nourrie par son excellente connaissance historique et géographique des faits qu’il rapporte. Son sens du récit rend son livre très prenant même s’il n’épargne pas le lecteur de scènes particulièrement atroces.  Il souligne ainsi combien l’esclavage était et reste une des pires atrocités que l’espèce humaine peut perpétrer à l’encontre de ses semblables.

© Daniel Vaxelaire : « Chasseur de noirs »-  première publication : 1982 –  Éditions Orphie – 2013 – 384 pages – 15,00 €

Daniel Vaxelaire avec sa femme Patricia – photo KC2016

 

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