Le Chinois – Henning Mankell (Editons du Seuil)

Le Chinois - Henning MankellAu début de cette année, j’ai lu un roman policier chinois, Dragon bleu, tigre blanc, de Qiu Xiaolong (édité chez Llana Levi) dont j’ai rendu compte ici même. L’enquête policière y est menée par un inspecteur qui vient de se faire débarquer et témoin des scandales qui se multiplient dans la Chine nouvelle. C’est un violent réquisitoire contre le système chinois actuel où le Parti communiste accapare les richesses du pays et permet à certains d’édifier des fortunes invraisemblables sur fond de corruption à tous les niveaux.
D’une toute autre façon, le célèbre auteur suédois, Henning Mankell, avait traité le même sujet en 2008 avec Le Chinois paru en France en 2011 aux Éditions du Seuil, avec la même critique au vitriol de la Chine contemporaine.

C’est en Suède que le crime a lieu, un massacre de dix-neuf personnes dans un petit village isolé. Un coupable, déséquilibré mental, est trouvé et se donne la mort. Une juge, Birgitta, dont les parents adoptifs ont été tués dans ce carnage, doute que ce soit l’œuvre d’un fou. Elle trouve, par hasard, un ruban de soie rouge venant d’un restaurant chinois. Et découvre, par la caméra de sécurité du restaurant, le visage de celui qui aurait pris ce ruban.

Elle décide d’aller en Chine pour éclaircir le mystère et, si possible, retrouver celle ou celui qui serait à l’origine de cette invraisemblable tuerie. Ce sera à Londres qu’elle le retrouvera, après moult péripéties.

Comme dans le livre de Qiu Xiaolong, la description du régime chinois est sans aucune indulgence pour les dirigeants qui, sous couvert d’une idéologie révolutionnaire et d’une histoire héroïque, mène le pays à marche forcée vers un développement inégalitaire dont les grands gagnants bâtissent des empires à coup de corruptions et autre crimes, assassinats compris.

L’originalité du livre est l’évocation détaillée de la migration des Chinois au XIXème siècle, fuyant la pauvreté extrême de leur pays en traversant le Pacifique pour servir de main d’œuvre à très bas coût et surexploitée pour construire la voie ferrée qui traversera les Etats-Unis d’Ouest en Est. Le lien avec le crime perpétré en Suède est quelque peu « tiré par les cheveux » mais donne une intéressante leçon d’histoire : cela illustre combien toute l’histoire récente de la Chine est traversée par l’humiliation infligée par les Blancs à ses habitants, notamment ceux qui ont pu fuir leur pays où ils vivaient dans une pauvreté et une précarité absolues. Le mépris, la surexploitation dont ils ont fait l’objet et dont ils ont gardé la mémoire nourrit la haine de l’Occident qui est un des ressorts à la volonté inexpugnable du régime actuel de dominer le monde et d’amoindrir les anciens pays colonisateurs et exploiteurs. Je caricature un peu en écrivant cela et le livre ne manque pas de présenter les Chinois (surtout des femmes…) dont l’attitude est moins outrée.
L’autre aspect, qui commence à être bien connu, est la vigoureuse mainmise des capitaux chinois sur les richesses du continent africain. Henning Mankell, qui vit en partie au Mozambique, en donne une glaçante illustration.

En parallèle – comme s’il s’agissait de bruler tout ce qu’on a adoré – Mankell attribue au personnage de la juge, Birgitta, des réflexions désabusées sur son passé de militante révolutionnaire dans les années 60 vouant au Petit livre rouge un culte aveugle et victime d’un militantisme infantilisant et stérile. Cette partie m’a parue peut-être caricaturale mais savoureuse. Il reste que le personnage de Birgitta est intéressant, dans ses doutes, ses convictions, ses hésitations, sa droiture, sa trouille…

Mais l’intrigue policière, dans tout ça ? C’est finalement le moins réussi du livre car, on voit que tout est plié à la fin du beau chapitre sur l’odyssée terrible de ce Chinois qui a quitté son pays au XIXème siècle. Comme il fallait bien clore l’intrigue, Mankell ne se prive pas de rebondissements un peu surfaits : ce n’est pas désagréable mais cette poursuite qui se termine à Londres semble assez artificielle.

Malgré cette réserve, j’ai lu « Le Chinois » jusqu’à la dernière ligne…

Henning Mankell

Henning Mankell (photo Sipa)

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