Dragon bleu, tigre blanc – Qiu Xiaolong (Llana Levi)

Dragon bleu, tigre blanc - Xiaolong QiuÉvidemment, certains vont dire que les Chinois sont partout. Mais quand c’est pour faire des bons romans policiers, il ne faut pas le regretter.

L’auteur, Qiu Xialong, a une soixantaine d’années. Il a vécu toutes les péripéties souvent tragiques de la Chine populaire jusqu’aux évènements de la place Tian’anmen, en 1989. Depuis il vit aux États-Unis. En 2001, il a commencé à écrire des romans policiers autour du personnage de Chen Cao, inspecteur principal de la brigade des affaires spéciales de Shanghaï, cadre du PC chinois, et poète à ses heures. Au travers des intrigues policières, Qiu Xialong décrit la vie dans la frénétique Shanghaï et sa région.

Dragon bleu, tigre blanc est le neuvième roman qui met en scène l’inspecteur Chen Cao qui vient de se faire débarquer sous couvert d’une nomination aussi flatteuse que vide. Les scandales se multiplient dans cette Chine découvrant avec frénésie le capitalisme moderne aiguisant ses crocs sous la coupe réglée du Parti communiste chinois qui centralise tous les pouvoirs et toutes les prébendes. C’est, du moins, le paysage décrit par Qiu Xialong en s’inspirant du scandale Bo Xilai, mêlant corruption, sexe et politique et qui a fait grand bruit malgré son opacité jusqu’en Occident.

Qiu Xialong développe une intrigue policière à plusieurs vitesses, entre investigation dans les milieux de la prostitution plus ou moins officielle, les mécanismes de la corruption accompagnant la modernisation à tout-crin du pays, les arcanes de la police et de ses indicateurs en tous genres, et ses éléments plus vertueux que la moyenne qui tentent vaille que vaille de découvrir la vérité : l’issue n’est guère réjouissante.

Autour de cette intrigue policière menée sans précipitation mais avec acuité sur les puissants en place, Qiu Xialong s’attarde sur la poésie avec quelques vers qui soulignent en doux filigrane le temps qui passe, le temps qu’il fait mais aussi délivrent par messages codés des indications pour percer le mystère. Quand l’ex-inspecteur Chen va reconstruire la tombe de son père défunt, on s’arrête un instant dans la Chine pas encore prise dans le violent tourbillon de sa modernisation. La vie quotidienne est décrite en donnant une place importante à la cuisine chinoise quotidienne ou plus gastronomique, dégageant des effluves savoureuses au nez du lecteur.

Ce mélange des genres donne à ce roman policier une saveur différente de celle dégagée par les polars américains, islandais ou scandinaves. Différente mais tout aussi passionnante, car le renouveau de ce genre se fait en mélangeant intimement la découverte de l’intrigue policière à la peinture souvent glaçante et sanglante des maux du notre siècle.
Comme le souligne le quotidien « Le Monde » , ce livre est « aussi efficace que bien des pamphlets ». Et bien plus agréable à lire !

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