Fais-moi danser, Beau Gosse – Tim Gautreaux (Seuil – mars 2016)

Fais moi danser, beau gosseUn titre accrocheur, une belle photo en couverture, voilà de quoi attirer le lecteur vers le troisième roman traduit en français de l’auteur américain, Tim Gautreaux.

S’agit-il d’une histoire d’amour, comme le suggère le titre ? A Tiger Island, en Louisiane, quelque part dans le delta du Mississipi, Paul, dit Beau-Gosse, et Colette, la plus jolie fille de l’endroit, sont mariés. Une passion commune, la danse, le jitterbug, aussi acrobatique que rythmée. Qu’ont-ils d’autre à partager ? Pas grand-chose. Paul drague les filles. Colette s’ennuie dans son job de caissière à la banque. Elle est consciente de ses capacités et décide d’aller tenter sa chance en Californie, Pays de Cocagne s’il en est.  Elle y réussit rapidement, gagne de l’argent, s’achète une Mercedes. Paul la rejoint de loin, et travaille dans une entreprise de chaudières, domaine où il excelle, surtout sur les plus anciennes que plus personne ne connait. Séjour californien qui se termine en eau de boudin : Colette découvre le harcèlement sexuel et démissionne fissa ; Paul découvre les manœuvres frauduleuses de son patron, et démissionne aussi fissa. Description au vitriol de la Californie, riche et plongée dans une modernité individualiste, vicieuse et diabolique…

Retour en Louisiane au moment où la crise pétrolière plonge toute la région dans un marasme total. Les rustres – les travailleurs des Etats voisins – qui avaient occupé les emplois de l’industrie pétrolière sont repartis. Reste le chômage, et son corollaire, la pauvreté. Il faut survivre. Colette et Paul s’y emploient chacun de leur côté, puis ensemble entre pêche à la crevette et chasse aux ragondins… Délaissés après avoir été pillé, les Bayous deviennent dangereux, mortifères. En contrepoint, les solidarités anciennes restent fortes, l’église reste le pivot de la vie familiale et sociale, le culot et le courage prennent le dessus sur les éléments climatiques. L’exact contraire de la Californie. Le message est clair : seules les valeurs traditionnelles de solidarité et de volontarisme permettent de (sur)vivre dignement.

Le chapitre ultime représente le couple enfin réuni, avec deux enfants, une fille et un garçon, et le grand-père toujours vivant : image d’une Amérique iconique, d’où toute population non blanche est absente, image idyllique, simpliste et caricaturale du rêve américain, mythe finalement célébré sans complexe dans ce livre, ce qui tranche bizarrement avec l’âpreté du récit.

C’est justement l’âpreté du récit, qui rend ce roman attachant et intéressant : la description très précise et vivante de la vie sociale et familiale dans ce coin paumé de la Louisiane, du délitement implacable de la société touchée par le chômage, des stratégies personnelles de chacun pour s’y résigner ou s’en sortir… Et l’évolution des deux personnages principaux, Colette et Paul, post-adolescents mal dégrossis au départ, adultes courageux à la fin… Et la puissance inexorable de la nature toujours incertaine et menaçante, la moiteur de l’air, la puissance de l’eau, celle du ciel qui se renverse sur le sol, celle du fleuve qui se mêle à la mer…

Tout ceci dans un style assez plat qui tient davantage du scénario détaillé minute par minute, image par image, au rythme monotone un brin pépère. Sauf dans quelques magnifiques morceaux de bravoure (Paul enfermé dans une chaudière, Colette cherchant Paul dans les Bayous submergés) où l’auteur trouve enfin un souffle épique et dramatique qui empêche le lecteur de poser le livre.

Question d’actualité : pour qui voteraient les principaux protagonistes de ce roman?  Donald Trump ? Hillary Clinton ? Bernie Sanders ? S’abstiendraient-ils ?

Tim Gautreaux

Tim Gautreaux

(30)

Ce contenu a été publié dans Lectures, Roman, avec comme mot(s)-clé(s) , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *