La fille de mon meilleur ami – Yves Ravey (Les Editions de Minuit)

La fille de mon meilleur ami[Ce livre fait partie des nouveautés acquises en juin 2014.]

Il y a un mois, je ne savais absolument pas qui était Yves Ravey. C’est en feuilletant la revue « Page », publiée par les libraires chaque trimestre pour informer et conseiller les lecteurs, que j’ai lu la critique plutôt élogieuse de son dernier livre « La fille de mon meilleur ami » (Éditions de Minuit). J’avais cru qu’il s’agissait d’une sorte de roman noir à la française…
Oui, c’en est un ! Mais pas grand-chose à voir avec les romans noirs nordiques en vogue en ce moment. Au départ, le narrateur veut tenir la promesse faite à son meilleur ami mourant de rechercher sa fille disparue depuis longtemps dont il sait seulement qu’on lui a retiré la garde de son enfant.

On entre tout de suite dans ce qui n’est pas ce à quoi on s’attend : Mathilde, le fille du meilleur ami est retrouvée dès la page 9. Elle et le narrateur, un certain « William Bonnet », se connaissent déjà depuis deux ans et habitent séparément dans le centre de la France. Elle veut aller voir son fils qui vit dans sa famille d’accueil dans la banlieue parisienne. William redoute des ennuis.

Ces ennuis vont effectivement s’accumuler et se mélanger, ne venant pas seulement de l’instable Mathilde mais aussi de tous les autres protagonistes du récit, William compris. Les révélations successives de la complexité de la vie de chacun, y compris dans la famille d’accueil, forment un écheveau qui ne se démêlera pas totalement à la dernière page du livre. Ces soubresauts et voltefaces donnent à ce livre une liberté de narration juste encadrée par l’enracinement de l’intrigue dans un quotidien très ordinaire, entre motels d’autoroutes, immeubles de banlieue et grève chez Rhône-Poulenc.
Une sorte de machine infernale est lancée sans précipitation mais qui, de dérapage en révélation, dans un jeu de cache-cache permanent, dévoile une part de vérité sur chacun. Mais de quoi peut-on être vraiment bien sûr ? On reste dans un curieux et fascinant théâtre d’ombres, brossant un tableau acide et moqueur de l’être humain empêtré dans un quotidien sans réelle lumière ni espoir. Ne pas chercher de morale de l’histoire, mais juste le déroulement accidenté de destins cabossés

Les phrases courtes, ciselées, abruptes parfois, donnent un ton loin de toute tentation de sentimentalisme à l’eau de rose ou de lyrisme de seconde zone, mais, au contraire, soulignent le regard acéré de l’auteur sur ses personnages. Je me suis laissé troubler et balader par le talent de l’auteur qui n’hésite pas à emprunter les codes de plusieurs genres littéraires (polar, chronique sociale et régionale, romance glauque, soliloque personnel ) pour faire de ce petit livre de 155 pages un objet littéraire inattendu à la fois cruel et terriblement humain.
Je vais lire d’autres livres de Yves Ravey…

yvesravey

Yves Ravey, auteur de « La fille de mon meilleur ami » (Editions de Minuit) © Roland Allard

 

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