L’aménagement du territoire – Aurélien Bellanger (Gallimard)

l'aménagement du territoireIl y a des livres ambitieux et passionnants qu’on n’arrive pas à finir. Personnellement, j’ai survolé, plus que lu, les cent dernières pages de ce pavé de plus de 400 pages au titre à la fois prometteur et rébarbatif, comme l’ensemble du récit. Cela tourne autour de la construction d’une ligne de TGV, celle entre Le Mans et Rennes qui devrait mettre la capitale actuelle de la Bretagne à une centaine de minutes de Paris. Cette construction est le symbole de nombreux enjeux géographiques, sociologiques, politiques, historiques etc. L’auteur les aborde tous, n’épargnant pas le lecteur de grandes digressions – parfois passionnantes mais souvent empesées – pour dresser un tableau de notre monde pris de vertige et de notre pays avec ces particularismes – la caste des technocrates toute puissante alliée à celle des entrepreneurs qui font fortune grâce aux grands travaux dont la France a le secret, l’alliance des « grands corps d’état » et des « grands champions de l’économie française ». La description de ces alliances passant par le monde politique est impressionnante. Cela se fait au détriment de … presque personne car ces campagnes françaises – en l’occurrence celles de la Mayenne, faisant partie des « Marches de Bretagne » – sont presque totalement dépeuplées à part quelques vieillards résignés ou conspirateurs, ainsi que les membres des mouvements de l’écologie politique – la référence au chantier de l’aéroport de Notre-Dame les Landes revient très souvent.

Dans ce maelström tentaculaire, on retrouve des personnages bizarres, attachants ou non : un capitaine d’industrie repoussant à chaque fois les frontières de son empire, un préfet retraité faisant partie d’une société secrète, un activiste rêvant au moment où il pourra marquer l’histoire, un vieil aristo plongé dans des livres ressassant des théories fumeuses, un archéologue à la recherche d’une grande découverte, un couple de femmes dont les pères sont ennemis ancestraux. C’est au cours de leur mariage scellant la réconciliation entre leurs deux familles, « symbole d’un humanisme républicain, alliance de technologie et de compassion, progressiste et généreux, ouvert et exemplaire » (page 471) que l’apocalypse va surgir, n’épargnant que la nouvelle voie du LGV.

Cette peinture pessimiste et désabusée fait penser à Houellebecq, bien sûr, un Houellebecq qui n’aurait pas hésité à détailler le mode d’emploi de son couteau de cuisine. Chez Bellanger, cela passe par une écriture acérée et souvent didactique mais non dénuée d’humour.

Un point qui intéressera les lecteurs bretons, c’est la façon dont la Bretagne est décrite de l’extérieur par l’auteur, natif de Laval, et donc originaire de cette région voisine dominée par le fort particularisme breton qui se trouve doté d’une toute puissance réelle ou imaginaire…

Aurélien Bellanger (photo Ouest-France)

Aurélien Bellanger (photo Ouest-France)

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