Le Charme des après-midi sans fin – Dany Laferrière (Le Serpent à Plumes)

Récemment, Dany Lafferière a été élu à l’Académie française. C’est très réjouissant que les écrivains de la francophonie fassent partie des Immortels et contribuent ainsi officiellement au prestige de la langue française et à son enrichissement.
En mai dernier, nous avons eu l’occasion de rencontrer Dany Lafferière au Festival des Etonnants Voyageurs : nous avons été conquis par sa personnalité aussi joviale qu’intelligente. J’ai donc voulu lire certains de ses livres que vous pouvez trouver à la bibliothèque.

C’est ainsi que j’ai lu le merveilleux et déchirant, Le Charme des après-midi sans fin, (Le Serpent à Plumes). C’est un livre de souvenirs d’enfance de l’auteur, dans une Le charme des après-midi sans fin - Dany Laferrière (Le Serpent à Plumes )petite ville d’Haïti, Petit-Goâve : il vit avec sa grand-mère, Da, forte et douce figure tutélaire pour qui Dany Laferrière a écrit ce livre. L’enfant – Vieux Os – a une petite dizaine d’années, les yeux grand ouverts sur la vie du quartier, les copains avec qui ils partagent ses jeux, les filles dont il guette les regards et les sourires, les adultes qui vivent vaille que vaille, entre misère et soleil, solidarité et jalousie, dans un pays qui semble enchainé à la pauvreté…  Le livre est fait de très courts chapitres colorés palpitants de vie, racontant les évènements qui s’égrènent au gré des jours et s’éparpillent le long des rues.

Avec ce regard d’enfant, naïf mais perçant, tremblant mais téméraire, impatient de grandir mais redoutant l’avenir, Peinture haïtienneaccompagné de la sagesse et l’intelligence de sa grand-mère, l’auteur dresse le tableau bariolé et contrasté de la vie quotidienne d’une petite ville haïtienne. Les difficultés de la vie quotidienne ne sont pas éludées mais relatées avec précision avec des détails montrant la précarité extrême de la population à la merci d’un ouragan, de la maladie, de l’injustice quotidienne infligée par ceux qui ont une parcelle de pouvoir de plus que les autres. Rien de misérabiliste, pourtant, l’humour n’est jamais loin, ni une certaine soif de vivre, fragile rempart contre la dureté des conditions matérielles, ainsi qu’une part de surnaturel, qui rend le récit étrange et lumineux.

L’implacable réalité finit par s’imposer avec l’un de ces coups d’état qui parsèment trop souvent la vie d’Haïti. Ces pages sont très impressionnantes car tellement éloignées de ce que nous, habitants de pays riches et (relativement) calmes, pouvons ressentir en apprenant ce genre d’événement. Ce coup d’état est vu par un enfant avec tout ce qu’il perçoit mais ne comprend pas tout de suite, avec l’ombre d’une menace certaine mais restant d’autant plus mystérieuse que les adultes eux-mêmes ne savent pas grand-chose de ce qui se passe.

A cause de l’instabilité politique et parce qu’il grandit, Vieux Os va rejoindre sa mère à Port-au-Prince : déchirement raconté avec pudeur et tendresse d’une enfance qui s’efface…

Dans les deux dernières pages, Denis Laferrière rend hommage à sa grand-mère pour laquelle il a écrit ce livre. Elle est morte à 96 ans. Il évoque aussi ses amis d’enfance : « La plupart reposent dans le cimetière fleuri de Petit-Goâve, emportés par l’épidémie de malaria en 1964, l’année suivant le cyclone Flora »… De quoi ramener le lecteur à la réalité, après s’être fait prendre par la poésie et la truculence de la vie à Petit-Goâve.

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