Le météorologue – Olivier Rolin (Seuil Paulsen)

le météorologueCeci n’est pas un roman, même s’il paraît dans la collection « Fiction et Cie » aux Editions du Seuil. C’est l’histoire vraie et tragique d’Alexeï Féodossievitch Vangenheim, météorologue rigoureux et passionné, associé, dans les années trente, aux premiers vols soviétiques dans l’espace (en ballon). Il est marié avec Varvara et père d’Eleonora. Le 8 janvier 1934, à Moscou, il doit retrouver sa femme pour aller au théâtre. Il ne viendra pas, elle ne le reverra jamais.

Les années trente sont celles de la terreur stalinienne qui aura son apogée à la fin de la décennie – la Grande Terreur. Avec ce personnage qui a réellement existé et dont il a reconstitué le parcours, Olivier Rolin brosse un tableau terrifiant de cette époque, dans ce pays, sous ce régime. Pendant trois ans, Vangenheim reste dans un camp où les conditions de vie sont très dures mais où il lui est possible de lire, de continuer ses observations, d’écrire et de dessiner pour sa fille et sa femme, même de donner quelques conférences sur les sujets dont il est un spécialiste. Condamné à dix ans de détention pour des raisons inexpliquées, il ne perd pas tout de suite sa confiance dans le bolchévisme, essaie de faire intervenir des personnes bien placées, jusqu’au sommet de la hiérarchie du régime afin de savoir pourquoi il est détenu et de faire diminuer la durée de sa détention. En octobre 1937, avec près de douze cents de ses compagnons, il est embarqué. Il faudra soixante ans pour connaitre sa destination et son sort. On sait maintenant qu’il a été assassiné dès le lendemain, comme tous les autres, dans des conditions atroces.

C’est très loin d’être la première fois qu’un écrivain aborde la description de l’enfer stalinien. Depuis Soljenitsyne, c’est un genre littéraire qui a fait florès. Il est pourtant indispensable de continuer à débusquer ce qu’a été ce régime totalitaire, témoignages et enquêtes à l’appui. Pour tenter de conjurer les pièges de l’histoire. Pour ne plus céder à la facilité d’enfermer sa propre réflexion dans le carcan d’une idéologie. Le bolchévisme n’est pas seul à mettre en cause. La littérature s’est déjà emparée de la férocité du colonialisme, du maoïsme ou du capitalisme actuel devenu fou.

Plusieurs fois, Olivier Rolin rappelle cette citation de Shakespeare dans le cinquième acte de Macbeth, tragédie absolue de l’absurdité du gout du pouvoir. «It is a tale. Told by an idiot, full of sound and fury. Signifying nothing» («C’est une histoire. Racontée par un idiot, pleine de bruit et de fureur. Et qui ne signifie rien»)…

Evidemment, alors que Charlotte, de David Foenkinos, connait un grand succès, il est tentant de comparer les deux livres qui ont des sujets semblables : le travail de recherche de la destinée d’une victime du nazisme dans le cas de Charlotte, du bolchévisme dans le cas du météorologue.
Le livre de Foenkinos est touchant, dans le tremblant de l’émotion, dans une écriture essoufflée. On est dans le témoignage, l’apitoiement, un brin de sensiblerie.
Olivier Rolin donne chair et sang à une destinée comme il y en eu des millions. Il rugit de colère et de dégoût, analyse les mécanismes de cette horreur en décrivant minutieusement ce qu’il peut savoir de la réalité, dans une écriture ample de la couleur de ces aurores boréales somptueuses et effrayantes qu’Alexeï dessine si bien.
C’est d’ailleurs par ces  dessins que le livre s’achève, dessins que le météorologue destine à sa femme et à sa fille : herbiers arithmétiques et géométriques, dessins de baies, d’animaux, devinettes, des textes sur les plantes et le climat, des évocations bleu-nuit des aurores boréales… Splendide et tragique.

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Olivier Rolin

 

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