Les coqs cubains chantent dans la nuit – Tierno Monénembo (Seuil)

Les coqs cubains...Tierno Monénembo est un auteur francophone guinéen : il a notamment reçu le Prix Renaudot en 2008 avec Le Roi de Kahel. L’intrigue de son livre paru en janvier 2015, Les coqs cubains chantent dans la nuit, se déroule entre Cuba et la Guinée. Ces deux pays ont une double histoire commune. Parce qu’une grande partie de la population noire vivant à Cuba descend des Guinéens qui ont été les victimes de La Traite des Noirs organisée par les Européens à partir du XVIIème siècle. Et parce que dans la deuxième partie du XXème siècle, Cuba et la Guinée ont fait partie du camp communiste sous influence soviétique.

Les coqs cubains chantent dans la nuit est l’histoire de El Palenque, Guinéen habitant à Paris, qui débarque à Cuba sous le régime castriste, pour essayer de retrouver ses origines avec seulement cinq notes de musique dans la tête. Il est pris en charge par Ignacio, à la fois vagabond, guide improvisé, facilitateur, entremetteur et plus ou moins  espion au service du régime. Toute la première partie du livre narre cette quête faite d’impasses, de surprises et de découvertes enchevêtrées où on rencontre Batista – le dictateur chassé par Castro en 1959 – Castro lui-même, toute une partie de l’histoire cubaine… et le Cuba presque contemporain (avant le dégel des relations avec les Etats-Unis), tout ceci baigné dans un quotidien dans les mains de la sainte trinité cubaine qui ne résume pas Cuba mais qui en est le masque de carnaval, « le rhum, la salsa, la baise » (page 127).

Cette partie du livre est d’une splendide exubérance portée par l’écriture multicolore de l’auteur, qui donne à la langue française des accents d’une vitalité et d’une volubilité tout à fait réjouissantes. C’est un exemple, parmi bien d’autres, de l’apport que la francophonie dispersée dans le monde entier donne à notre langue parfois confite dans sa raideur hexagonale.

Cette quête, surveillée de très près par El Tosco, le chef des services d’espionnage, permet à El Palenque de retrouver la trace de trois noms : Juliana, une jeune et belle cubaine, Samba-Saxo, saxophoniste guinéen séducteur, Mambi, artiste écrivain poète.

L’histoire de ces trois-là s’est scellée en 1978 quand le bateau Amiral Nakhimov accoste à La Havane avec à son bord Samba-Saxo, lors du onzième Festival mondial de la jeunesse et des étudiants. A cette époque, ce genre de festival permettait aux pays placés dans l’orbite soviétique de se rencontrer et célébrer les beautés supposées de leur régime, comme celui de Sékou-Touré en Guinée et de Castro à Cuba. Pour les trois héros du roman, ce qui s’est passé durant et après ce festival est raconté comme une tragédie grecque en Afrique de l’Ouest et dans les Caraïbes. Plus rien n’empêche le pire…

El Palenque rentre à Paris, lourd, très lourd de ce passé…

A lire pour l’intérêt de l’intrigue, le rappel d’une histoire oubliée et une écriture foisonnante et chauffée par les tropiques.

(Ce livre est disponible à la Médiathèque de Paimpol)

Tierno Monenembo ©Justin Morel Junior2_1_0

Tierno Monenembo ©Justin Morel Junior2_1_0

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