L’usure des jours – Lorette Nobécourt (Grasset)

L'usure des joursRationaliste, s’abstenir !
« Un goût de non-sens, de folie, de confusion et de rêve ». La citation de Hermann Hesse en ouverture donne le ton de ce livre dont le titre n’invite pas non plus à la légèreté. Lorette Nobécourt n’est pas une écrivaine facile, son écriture lui est vitale, elle ne cesse de le dire et redire dans chacun de ses livres. L’usure des jours retrace un effondrement. Et une sortie du gouffre, à la lisière du lâcher-prise.

Son parcours est décrit en quarante-quatre courts chapitres. Lorette Nobécourt revient sur sa vie depuis sa naissance, ses parents, ses deux sœurs. Chapitre après chapitre, elle évoque en quelques mots savamment écrits non seulement ce qu’elle a enduré mais aussi la façon dont elle a réagi, dont son corps a réagi, ses dérèglements organiques traduisant ses tourments. Et aussi l’écriture qui apparait comme une exigence pour survivre. « L’absence de sécurité intérieure, où j’ai perpétuellement vécu, m’a « contrainte » à tisser cet incroyable espace spirituel qu’est l’écriture, où j’en peux m’en libérer. » (page 34). Son corps (« Le corps sait tout, il est tellement honnête » page 48) marque aussi ses épreuves dont elle croit pouvoir sortir d’essais en étapes, de défaites en victoires comme pour l’alcool dont elle se délivre à la suite d’un rêve.  « Les rêves sont des tablettes où court l’Esprit de la vie. La nuit, les songes disent tout ce que le divin ne peut taire. » (page 74). Les rêves de Lorette Nobécourt sont d’une richesse dépassant les significations psychanalytiques pour rejoindre des vérités telluriques et mythiques.

Toutes les évidences sociales sont dissoutes. La solitude est un « océan de liberté ». Les visions chamaniques occupent l’espace. Les expériences surnaturelles délivrent leur sens. Elle remonte le temps, le redescend. C’est le chemin singulier et chaotique dont le terme n’existe pas. Reste l’usure des jours qui attendrit le temps en suspens, comme une toile rendue douce par l’usure. « Et si certains soirs le sentiment d’avoir échoué m’accable, je sais également qu’il n’y a rien à réussir puisque tout s’accomplit » conclue-t-elle.

Ce parcours vital est décortiqué dans une langue à la fois précise et fastueuse, à déguster en petites quantités pour bien en goûter tous les reflets, où les sens, les rêves, les chutes, les victoires se dissolvent finalement dans une douceur inattendue.

Pour en savoir plus sur Lorette Nobécourt, cliquez sur les liens suivants qui vous conduiront sur trois billets que j’avais déjà écrit sur mon blog « Des petits riens » sur cette écrivaine que j’ai découvert en 2012.
En nous la vie des morts
La clôture des merveilles
Patagonie intérieure

Lorette Nobécourt par Sylvine Nobécourt

Lorette Nobécourt par Sylvine Nobécourt

 

 

 

 

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